
Sept ans de douleur et d’attente d’explications pour la famille de Tessa Raimbault, « qui n’est pas dans la haine ». En face d’elle, un prévenu arc-bouté dans le déni, éludant maladroitement chaque question de Cécile-Charlotte Lepage, la présidente, qui n’a eu de cesse d’exhumer des pièces du dossier d’instruction qui le confondent… Devant le tribunal correctionnel de Nantes, ce lundi, le procès d’Anthony Ehono, 27 ans, avait quelque chose d’irréel, presque grotesque.
« Ce n’est pas moi qui ai renversé Tessa »
Tout au long de six heures d’audience, ce jeune homme originaire de Saint-Julien-de-Concelles, à l’est de Nantes, a fait fi de ses multiples contradictions, et répété : « Ce n’est pas moi qui ai renversé Tessa », à tel point que la magistrate lui rappelle que la famille de la défunte est là, serrée sur le banc des parties civiles. Elle l’interroge : « Comment peut-elle vivre, survivre, accepter vos variations de déclarations ? ». Anthony Ehono, souffrant d’une addiction alcoolique précoce, répète : « Je n’ai strictement rien à voir avec cet accident ».
323 témoins entendus
Le 20 décembre 2018, les vacances de Noël approchaient pour Tessa. La jeune lycéenne de 17 ans rentrait d’une journée de stage. À l’orée de sa commune de Saint-Julien de Concelles, elle marchait à droite, le long de l’accotement. Il est environ 19 h 27, ce soir-là, lorsqu’elle est heurtée à la tête par le godet d’un engin de chantier. « Traumatisme crânien majeur », conclura le légiste. L’auteur a fui. L’empreinte d’une chenille pneumatique est décelée sur l’accotement herbeux. L’enquête débute. 323 témoins seront entendus, en vain.
« C’est l’alcool qui l’a dit »
Mue par un ultime espoir, la maman de Tessa lance, le 12 juin 2023, un appel à témoins dans une émission de Julien Courbet, sur M6. Un homme, bouleversé par sa souffrance, contacte alors la production et révèle qu’Anthony Ehono lui a confié, à deux reprises, ivre et en pleurs, être l’auteur de la mort de Tessa. Trois autres jeunes gens, ayant reçu des confidences identiques du prévenu, appellent à leur tour. Dans son box, Anthony Ehono se défend : « Quand ça a été dit, c’est l’alcool qui l’a dit ».
« Nous traversons, tous les deux, l’enfer ! »
Placé en garde à vue le 20 juin 2023, le jeune homme, qui travaillait à l’époque, dans l’entreprise de travaux publics de son père, reconnaît, lors de sa troisième audition, avec force détails. Il avait bu et ne s’est pas dénoncé, « de peur de tout perdre ». Il se rétractera, dira avoir tout inventé. Il en est toujours là. « Nous traversons, tous les deux, l’enfer ! », l’implore, les yeux dans les yeux, la mère de Tessa. La procureure se désole : « Je n’ai plus espoir qu’il reconnaisse ». Elle requiert six ans de prison, dont deux de sursis. Le jugement est attendu en fin de soirée.