« C’est de la folie, ce sont presque un à deux magasins par semaine qui sont cambriolés, en particulier dans le Grand-Ouest. Ce sont souvent des vélos sportifs haut de gamme qui peuvent coûter jusqu’à 17 000 euros qui sont dérobés. On se demande quand ça va s’arrêter. Ça met en péril toute la chaîne de distribution », soupirait, le 22 novembre, Patrick Guinard, le président vélo de l’Union Sport & Cycle.
Cette flambée de vols et de tentatives de vols s’est allumée fin 2024. Elle a pris de l’ampleur au printemps 2025, à la manière des séries de vols de GPS agricoles et de moteurs de bateaux, qui défraient, de temps à autre, la chronique. Elle a notamment touché des commerces spécialisés, de la Loire-Atlantique au Morbihan, de la Vendée aux Côtes d’Armor, de l’Ille-et-Vilaine au Maine-et-Loire. Dix cambriolages et six vols de fourgons, rien qu’entre septembre et novembre.
Hameçonnage par le toit ou fourgon bélier
La gendarmerie a commencé à y mettre un frein. En deux semaines, ses enquêteurs ont démantelé deux équipes, composées de Moldaves très organisés, depuis l’infraction jusqu’à l’écoulement des cycles dérobés. Les uns procédaient plutôt par hameçonnage, extirpant les vélos légers, avec des cannes à pêche, depuis les toits des magasins. Les autres éventraient les vitrines avec des fourgons béliers. Selon nos informations, un troisième réseau a aussi été cerné.
L’une des équipes a été pistée par les enquêteurs jusqu’à l’interpellation de cinq personnes, les 9 et 10 novembre, en région parisienne et dans le sud de la France. « Des auteurs de cambriolages, des personnes soupçonnées d’être complices et d’autres soupçonnées de recel. Rien que sur les biens volés, le préjudice est estimé à un million d’euros, car on parle de vélos qui coûtent de 5 000 à 10 000 euros, voire plus. Nous ne les avons pas retrouvés pour le moment », indique Clément de Maillard, commandant en second de la section de recherche de la gendarmerie de Nantes.
58 cycles et 52 paires de roues retrouvés
Trois des membres d’un deuxième réseau ont été arrêtés le 19 novembre. Cette fois, le préjudice global a été évalué à 500 000 €. « Nous les avons surveillés. Au moment où on a compris qu’ils étaient en train de charger les fruits de plusieurs vols pour les acheminer ailleurs, vraisemblablement dans les pays de l’Est, on a décidé de les interpeller », relate le lieutenant-colonel. Les gendarmes ont mis la main sur 58 cycles, 52 paires de roues et des équipements associés, tous restitués aux victimes.
Les pays de l’est de l’Europe se révèlent l’une des voies de revente de ces matériels volés. Les enquêteurs en ont toutefois observé des traces, en France et en Belgique, sur des réseaux sociaux et sites de vente en ligne d’occasion. Les biens étaient parfois affichés entre 10 % et 20 % de leur valeur. « Quand on achète ce genre de vélo à moitié ou au tiers du prix, il y a sûrement un truc louche derrière. Le consommateur doit avoir le réflexe de vérifier si le vélo est identifié, avec les codes transmis par le vendeur. Il existe un fichier national unique avec 8,5 millions de vélos recensés, où leur statut est précisé, y compris lorsqu’ils sont déclarés volés », insiste Patrick Guinard, également président de l’Apic, qui gère ce fichier. Acheter un vélo ou ses composants dans ces conditions, c’est risquer le recel et s’exposer à des amendes voire à de la prison.
Fumigènes dissuasifs en plus de l’alarme
Les gérants de magasins se confirment, quant à eux, souvent démunis face à ces cambriolages très organisés. À l’instar d’Éric Pommelet, de Veloland, à Langueux, près de Saint-Brieuc, visité dans la nuit du 17 au 18 novembre : 24 vélos y ont été subtilisés, un préjudice évalué à 140 000 euros. « On est un peu perdu même si on est rassuré parce que les cambrioleurs ont été retrouvés. Ils sont entrés par le toit, l’alarme a fonctionné, on a des cellules qui captent les mouvements. Est-ce qu’il va falloir revoir les stocks de ces très beaux vélos et mieux sécuriser avec des alarmes à fumigènes ? », s’interroge-t-il.
« Les fumigènes ont gêné les malfaiteurs, les ont empêchés d’aller au bout de leur vol dans un magasin de Loire-Atlantique. Mais c’est un surcoût », note Patrick Guinard.

