
Ils vivaient dans la peur, au milieu des seringues abandonnées dans les cages d’escalier, et ne dormaient plus la nuit. Depuis quelques mois, les habitants de cette résidence privée du quartier brestois de Bellevue, au 46, rue de Kermenguy, qui compte sept étages et une cinquantaine d’appartements, subissaient les allées et venues incessantes de « zombies ». Une situation qui avait fini par exaspérer les familles mais aussi les étudiants qui habitent la résidence composée de petits studios.
240 heures de surveillance en 15 jours
Saisie de l’enquête, la brigade des stupéfiants du commissariat de Brest a voulu amasser le maximum d’éléments avant d’intervenir. Les enquêteurs ont entamé un minutieux travail de surveillance physique et technique. Pas moins de 240 heures de présence discrète aux abords de l’immeuble sur quinze jours ont permis d’identifier dans quel appartement se déroulait le trafic. Et quels en étaient les protagonistes principaux. À savoir un couple : une femme de 38 ans et son compagnon de 25 ans.
Ils ont aussi pu mesurer l’importance du trafic, au vu du défilé quotidien. « Nuit et jour, ils accueillaient entre 25 et 30 clients par jour, pour de la cocaïne et de l’héroïne, et on a établi que cela représentait environ 1 500 € de chiffre d’affaires par jour », indique Christian Auffret, commandant au commissariat central.
Un point de deal en place depuis un an
Le mardi 18 novembre 2025, après avoir amassé suffisamment d’éléments, les enquêteurs sont enfin passés à l’action, au grand soulagement des habitants de l’immeuble. À 6 h, les locataires de l’appartement identifié ont été réveillés au petit matin, puis placés en garde à vue. Un « client » du couple, qui se trouvait là, a également été interpellé sur place. Et deux autres complices identifiés comme des petites mains ont été débusqués quasi simultanément à leur domicile.
Le client retrouvé sur place, un sans domicile fixe âgé de 45 ans, qui devait purger une peine de prison ferme pour un autre délit, a été écroué rapidement. Une dizaine d’autres clients réguliers ont aussi été interpellés. Leur témoignage a permis d’établir que ce point de deal était en place depuis environ un an. Tous ont écopé d’une ordonnance pénale, synonyme d’amendes qui vont crescendo en fonction des revenus.
345 000 € de chiffre d’affaires en un an
La perquisition au domicile du couple n’a pas donné grand-chose. « On n’a trouvé que de petites quantités de cocaïne et d’héroïne. Normal. Ils fonctionnaient en flux tendu et se faisaient livrer tous les deux ou trois jours », informe le commandant Auffret. Lors de leur garde à vue, confrontés aux nombreuses photographies, et aux témoignages de clients interpellés, les quatre prévenus n’ont eu d’autre choix que de reconnaître en grande partie les faits reprochés.
S’ils ont cherché à minorer les volumes écoulés, l’enquête a établi, dans une estimation basse, à 4,5 kg d’héroïne et 3,5 kg de cocaïne le volume global écoulé depuis un an. Soit environ 345 000 € au total. Déférés au parquet de Brest, ce vendredi 21 novembre 2025, la femme, surnommée « Tata » par ses nombreux clients et considérée comme la tête de réseau, et son compagnon ont été écroués. Ils seront jugés le 16 janvier 2026. Les deux « petites mains », des hommes de 32 et 26 ans, ont plaidé coupable. Ils ont écopé respectivement de six et douze mois de prison avec sursis.