Deux jours après la mort d’un jeune Mahorais de 21 ans, tué par balles en début de soirée à Bellevue, à Brest, une chape de plomb s’est abattue sur le quartier, ce week-end. « Nasser », tout le monde en parle prudemment, aux abords des commerces, du stade de foot ou des tours de Kergoat, où il habitait. Une même unanimité renvoie à quelqu’un « de très gentil, très respectueux, très posé ».
Ce dimanche, sa famille, recueillie en nombre dans l’appartement où il vivait avec sa mère et ses cinq frères et sœurs, se disait « dans l’incompréhension et sous le choc ». « J’étais au travail et mon fils m’a juste prévenue qu’il sortait. Je pense qu’il allait chez sa copine. Il ne part jamais très longtemps. On ne sait pas ce qu’il s’est passé, je n’ai pas encore pu voir son corps. Tout cela me paraît incompréhensible et irréel », assure sa mère, Riziki.
Déjà blessé par balles en 2022
Pour la famille, une seule solution : que Nasserdine Soumaila se soit trouvé « au mauvais endroit, au mauvais moment ». « Il ne buvait pas, il ne fumait pas. C’est une très bonne personne. Il avait un CAP et voulait devenir peintre en bâtiment », affirment ses cousins. « Je lui avais déjà demandé s’il ne dealait pas. Il m’a juré que non et que jamais il ne nous mettrait en danger. Je connais mon fils et il n’a jamais été là-dedans ! », s’emporte la mère de famille.
Et pourtant : c’est bien le même jeune homme qui avait déjà été blessé par balles, le 11 juin 2022, en plein jour, dans le même quartier. Il avait dû être amputé de l’avant-bras droit et, aux dires de ses proches, « n’était plus tout à fait le même, ni aussi serein, depuis ». Il avait raconté à sa mère avoir été pris pour cible par erreur, après s’être arrêté échanger avec des jeunes mineurs du quartier qu’il connaissait.
J’étais au travail et mon fils m’a juste prévenue qu’il sortait. Il ne part jamais très longtemps. On ne sait pas ce qu’il s’est passé, je n’ai pas encore pu voir son corps. Tout cela me paraît incompréhensible et irréel
L’enquête s’annonce « longue et compliquée »
Dans les deux cas, le type d’agression laissait fortement penser à celle des règlements de compte en matière de stupéfiants. Les autorités restent encore discrètes sur les antécédents judiciaires du jeune homme. Mais les premières informations semblent dresser un tout autre portrait de la victime, beaucoup moins élogieux. Sans entrer dans les détails, une source policière faisait état, dès samedi, d’un casier judiciaire « déjà bien fourni ». « On y trouve à la fois du vol, du recel, de l’agression, de l’extorsion, et des stupéfiants », complète-t-elle aujourd’hui.
Confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS, ex-PJ) de la police de Brest, avec appui de la police technique et scientifique, l’enquête pour homicide volontaire ne fait que commencer. « Diverses investigations sont activement en cours », disait, samedi, le procureur de Brest, Stéphane Kellenberger, sans autre précision. « Cela va être long et compliqué, car il n’y avait pas de caméras à l’endroit des faits », dit cette autre source policière.
Les premiers éléments ont fait apparaître que le jeune Mahorais discutait avec un groupe de personnes, à 19 h 50, vendredi 14 novembre, quand une détonation a été entendue. Il s’est effondré et les autres protagonistes se sont éloignés rapidement. Son décès a été constaté une demi-heure plus tard. « On nous parle de personnes sur un scooter, ou bien d’autres dans une voiture. On veut trouver qui a fait ça. Mais ce n’est pas très clair », concluent, de leur côté, ses cousins.

