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Une rencontre entre Salah Abdeslam et des victimes est-elle envisageable ?

Une rencontre entre Salah Abdeslam et des victimes est-elle envisageable ?

Une rencontre entre Salah Abdeslam et des victimes des attentats du 13-Novembre pourrait-elle être un jour envisageable ? La question a de quoi surprendre mais d’un côté comme de l’autre, des demandes en ce sens se font entendre. Selon son avocate, Me Olivia Ronen, le seul membre encore vivant des commandos a « exprimé » une volonté d’entrer en contact avec des victimes. « On a une personne qui potentiellement aimerait pouvoir expliquer, discuter, ouvrir une porte aux parties civiles si celles-ci le souhaitent pour évoquer la détention et ce procès-là », a précisé la robe noire au micro de France Info.

Un souhait qui, s’il fait réagir, a trouvé un écho auprès de certaines victimes. Lors du procès des attentats, entre septembre 2021 et juin 2022, plusieurs parties civiles avaient déjà formulé un tel intérêt. « J’aimerais rencontrer ceux des accusés qui, pour autant qu’ils soient condamnés, auraient le courage d’accepter une telle rencontre, sans enjeu pénal, sans présence médiatique, sans publicité », avait notamment confié à la barre de la cour d’assises spécialement composée Georges Salines, dont la fille, Lola, a été assassinée au Bataclan. Son objectif : « croiser les regards pour que chacun puisse y lire l’humanité de l’autre ». Lors de suspensions d’audiences, on a également vu certaines victimes se rapprocher du box pour échanger quelques mots avec l’un ou l’autre des accusés.

La justice restaurative pour recréer du « lien »

Depuis 2014, la justice restaurative permet la rencontre entre les auteurs et les victimes d’une même infraction. « L’objectif est de parvenir à la reconstruction de chacun, ainsi qu’à la restauration du lien social », précise une source judiciaire. En clair, que l’auteur puisse mesurer les conséquences concrètes de son acte et que la victime obtienne des réponses. Une démarche sur la base du volontariat, totalement extérieure au parcours pénal.

« Aucune infraction n’est exclue de ce dispositif, précise Benjamin Sayous, directeur général de l’Institut français pour la justice restaurative. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de médiations pour des affaires de violences sexuelles, conjugales ou des homicides, mais nous avons également des demandes en matière de terrorisme. » Après le procès des attentats du 13-Novembre, l’institut a même organisé une réunion d’information pour répondre aux multiples questions des personnes – dont il souhaite taire le nombre – souhaitant s’engager dans ce parcours.

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Une médiation qui peut prendre plusieurs formes

Georges Salines est l’une des premières victimes de terrorisme à avoir intégré ce processus de justice restaurative. Il a notamment rencontré un homme condamné à treize ans de réclusion criminelle pour avoir rejoint les rangs de Daech. « Avant une rencontre, il y a toute une phase de préparation, notamment sur la démarche, ce qu’on en attend, précise Benjamin Sayous. Dans certains cas, les personnes sont prêtes au bout de quelques mois, pour d’autres ça prend des années. »

Une réflexion est également menée sur la forme que prendra cet échange – groupe de parole, rencontre individualisée entre victimes et auteurs d’une infraction similaire mais dans des affaires différentes, ou au contraire dans le même dossier. Dans cette dernière situation, on parle alors de médiation restaurative. Celle-ci peut prendre différentes modalités : rencontre physique mais également visios, courriers ou mails, coups de téléphone. Quoi qu’il en soit, même lorsque la rencontre a lieu, un ou plusieurs médiateurs, mais également des surveillants pénitentiaires, sont présents dans la pièce.

Rencontre avec des membres de la cellule

Si Georges Salines a publiquement loué cette expérience qui lui a notamment permis de comprendre les ressorts de la radicalisation, elle s’est révélée insuffisante dans son parcours de deuil. Lui n’a jamais caché qu’il souhaitait être confronté aux assassins de sa fille. En août 2023, c’est la Belgique qui lui a donné cette possibilité. Dans le cadre d’un programme similaire, il a rencontré deux hommes de la cellule terroriste qui a organisé les attentats du 13-Novembre : Mohamed Abrini, « l’homme au chapeau » des attentats de Bruxelles, et Sofiane Ayari, qui fut notamment l’un des complices d’Abdeslam dans sa cavale.

« Je pense qu’une des vertus constatées par tous ceux qui font des rencontres restauratives, c’est la démystification. On se retrouve souvent devant une personne tout ce qu’il y a de plus ordinaire, quelqu’un qui n’est pas un super méchant comme dans les films de super-héros. Pour autant, on ne lui pardonne pas ce qu’il a fait », a-t-il confié au micro de TF1. Georges Salines a également fait savoir qu’il serait intéressé à l’idée de rencontrer le seul membre encore vivant des commandos.

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Quid d’Abdeslam ?

Signe qu’il existe une réelle demande des victimes de terrorisme dans ce processus, le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé mercredi l’installation prochaine d’un comité de pilotage sur le sujet, notamment pour réfléchir aux modalités de mise en œuvre de cette justice restaurative dans les affaires de terrorisme. Comment mieux accompagner les victimes qui souhaitent se lancer dans un tel processus ? Quels sont les critères pour les terroristes qui souhaitent intégrer un tel programme ? « Dans tous les cas, la justice restaurative s’inscrit sur le volontariat. Il n’y a aucune contrepartie en matière de peine et surtout, pour l’auteur, il est nécessaire qu’il ait reconnu les faits et qu’il soit dans une démarche de réparation », précise Benjamin Sayous.

Qu’en est-il d’Abdeslam ? Pourra-t-il s’engager dans un tel parcours ? A court ou moyen terme, c’est très peu probable. A son procès, Salah Abdeslam a partiellement reconnu les faits, expliquant qu’il avait renoncé à activer sa ceinture explosive [les investigations ne permettent pas de déterminer si celle-ci était défectueuse ou si effectivement, il a renoncé]. En revanche, il reste, selon la DGSI, radicalisé. Il est notamment soupçonné d’avoir détenu des documents de propagande en détention. « Le rejet de la radicalité violente [est] nécessairement un prérequis », insiste le Pnat. Quant au long terme, cela dépendra de son parcours en détention. « Certaines personnes intègrent des programmes de justice restaurative vingt ans après leur condamnation », assure le directeur de l’institut. Est-ce que Salah Abdeslam, condamné à la perpétuité incompressible, s’inscrira dans cette voie ?

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