« Un cap a été franchi », selon Un1té Police. Si les tirs de mortiers en direction des forces de l’ordre ne sont, hélas, pas une première à Brest, vendredi 7 novembre 2025, un tir tendu a visé un fonctionnaire, à bout portant ou presque, dans le quartier brestois de Kerbernard, générant une vive émotion parmi les effectifs de police locaux. Jugé ce mercredi 12 novembre, le suspect a finalement été relaxé, faute de preuves.
Le phénomène avait pris de l’ampleur au cours des violences urbaines qui avaient suivi la mort du jeune Nahel, à Nanterre, en juin 2023, lors desquelles forces de l’ordre et bâtiments publics avaient été pris pour cibles. Depuis, les quartiers prioritaires de la ville subissent régulièrement des tirs à la nuit tombée, sans que des bâtiments ne soient visés.
Un cauchemar pour les voisins, mais aussi pour les forces de l’ordre, pris pour cibles ces derniers mois lors d’interventions suite à des plaintes de riverains, à Keredern ou Quéliverzan.
Pourquoi ce phénomène s’est-il installé durablement dans nos quartiers ? « Les mortiers ne sont pas chers, produisent un effet spectaculaire. C’est devenu un mode opératoire identitaire », estimait récemment dans nos colonnes le commissaire central de Brest, Nicolas Hoarau.
On a contrôlé tous les magasins concernés sur Brest et sa périphérie pour vérifier qu’ils respectaient bien l’interdiction de vente aux mineurs. Mais derrière, un adulte peut très bien revendre le matériel à des mineurs.
« Tous les magasins locaux dans les clous »
La vente de ces engins pyrotechniques est très encadrée en France et interdite aux mineurs (hormis les pétards de catégorie F1) dans les magasins physiques. La catégorie F4, la plus dangereuse, est même réservée aux professionnels. Pourtant, la plupart des mis en cause interpellés, ces derniers mois à Brest, étaient mineurs.
« Certains matériels sont bien vendus dans des magasins de Brest ou de sa périphérie. On a contrôlé tous les magasins concernés sur Brest et sa périphérie, ces derniers mois, pour vérifier qu’ils respectaient bien l’interdiction de vente aux mineurs. Et ils étaient dans les clous, avec noms et numéros de carte d’identité des acheteurs. Mais derrière, un adulte peut très bien revendre le matériel à des mineurs », décrit le sous-préfet de Brest.
Surtout, il est extrêmement aisé pour un mineur de se procurer ce type de matériel par internet. Les engins pyrotechniques employés vendredi soir, et avec lesquels ont été visées les forces de l’ordre, provenaient en effet de… République tchèque.
La douane sur tous les fronts
Là encore, les autorités assurent faire le maximum pour casser cet approvisionnement. « Depuis plusieurs mois, les douanes ciblent les colis en provenance de République tchèque et de Pologne, dans les grosses plateformes de tri, à Carhaix et Guipavas », rappelle ainsi le sous-préfet.
Cheffe de la division des douanes du Finistère et du Morbihan, Hélène Castillon confirme : « Les engins pyrotechniques font partie des marchandises que nous surveillons tout particulièrement. Nous en avons déjà saisi 300 en 2025 dans le Finistère, sur tous les vecteurs contrôlés par les douanes : maritime, aérien, fret express et postal, routier ».
Les engins saisis sont principalement « des chandelles romaines, des fusées et des pétards de catégories F2 et F3 en provenance de Pologne et à destination de particuliers dans tout le département ». Et ces infractions ont donné lieu, en fonction des quantités, à des amendes ou poursuites judiciaires.
Insuffisant, pour Yann Dupont, secrétaire départemental du syndicat Alliance Police, qui dénonce « une situation devenue inacceptable, révélant les failles d’un système de contrôle insuffisant ». Alliance dit aujourd’hui s’interroger « sur l’usage de la légitime défense face à l’usage de ces armes contre les forces de l’ordre » et pointe « le manque criant de vidéoprotection à Brest, outil pourtant essentiel pour identifier et interpeller les auteurs ».

