L’avocat des parents de Mathis, tué à 19 ans début novembre à Lille par un conducteur fuyant la police et ayant consommé du protoxyde d’azote, a appelé ce mardi, sur France Inter, à « la pénalisation très importante de la détention » de ces produits par ces automobilistes. Il a même demandé « des peines complémentaires sur le permis de conduire ».
« Faire réfléchir les jeunes »
Aujourd’hui, il n’existe pas de loi « qui réprime la conduite après usage de protoxyde d’azote », déplore leur avocat Me Antoine Régley. Et on « ne peut pas dépister de manière certaine plus de 30 minutes dans le sang » après inhalation, rappelle-t-il. Or, « c’est un fléau grandissant, extrêmement inquiétant » au volant, « certains conducteurs perdent la vue quelques secondes, d’autres se sentent invincibles ».
Des villes comme Lille ont pris des arrêtés d’interdiction d’utilisation, de vente ou de consommation sur la voie publique. « Le problème de ces arrêtés municipaux, c’est qu’ils ne prévoient, en cas de violation, qu’une peine d’amende pas très importante et rien sur le permis, et ce n’est pas un délit », explique le juriste qui suggère de permettre aux autorités de « confisquer immédiatement le véhicule » afin de « faire réfléchir les jeunes ».
Une rencontre avec Gérald Darmanin ?
Les parents de Mathis demandent à rencontrer le garde des Sceaux Gérald Darmanin « pour lui faire des propositions concrètes ». « Je crois que le ministre de la Justice a, dans un premier temps, eu peur d’une récupération politique ou d’un conflit d’intérêts. Mais [lundi] soir, j’ai reçu confirmation que c’était dans les tuyaux et que ça devrait se faire assez rapidement », a confirmé Me Antoine Régley sur France Inter.
En mars dernier, le Sénat a voté la pénalisation de l’usage détourné du protoxyde d’azote ou « gaz hilarant », sans viser spécifiquement la conduite ni aller jusqu’à interdire totalement sa vente aux particuliers, comme l’avaient fait auparavant les députés. L’avenir de cette loi dépendra des négociations entre les deux chambres.
« Que la justice soit plus ferme »
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mardi à Saint-Omer (Pas-de-Calais) pour rendre hommage à Mathis. La marche blanche s’est élancée depuis un grand parc de la ville où Mathis avait ses habitudes, avant de cheminer en ville. Proches et anonymes, vêtus de blanc, certains portant des tee-shirts à l’effigie du jeune homme ou des vêtements qu’il avait lui-même créés, ont défilé dans le calme pour lui dire « un dernier au revoir ». « Perdre notre meilleur ami à 19 ans, le soir d’Halloween, alors qu’il rentrait tranquillement d’une soirée où il s’était bien amusé, ce n’est pas normal », confie Tom, 20 ans, dans la foule.
À l’issue de la marche, Emmanuel, le père de Mathis, habitant d’une commune voisine, a pris la parole au micro, ému : « Je voulais tous vous remercier, la famille, les amis, les inconnus (…) si ça peut nous aider à ce que la justice soit plus ferme, qu’il n’y ait plus de protoxyde d’azote, je ne veux pas qu’il y ait de nouveau Mathis qui s’en aille un jour ».

