Seydouba Sylla est plombier la semaine, gardien de but du Landerneau FC le week-end, et un homme au courage épatant. Vendredi 26 septembre 2025, au soir, sans hésiter et au péril de sa propre vie, il a volé au secours de son voisin d’immeuble, âgé de 70 ans, prisonnier des flammes, dans son appartement du quartier de Kerangoff, sur la rive droite de Brest.
Un mur de fumée
Il est environ 22 h lorsqu’il prend une douche, de retour de l’entraînement. « Ma petite amie a entendu quelqu’un hurler. On a baissé le volume de la télé. Et là, une voisine est venue tambouriner à notre porte », raconte le jeune homme de 25 ans. Il s’habille à la va-vite, et tous deux quittent l’appartement. De la fumée s’échappe du logement d’à côté, situé au rez-de-chaussée. Il fait le tour de l’immeuble, jusqu’à la baie vitrée de son voisin qu’il sait en danger. « Elle était légèrement ouverte, j’ai donc pu pousser pour l’ouvrir. Je suis ensuite allé chercher une lampe frontale. » Mais, lorsque, au retour, il fait glisser la baie en entier, un mur de fumée se dresse devant lui et noircit aussitôt la façade de l’immeuble.
Mais Seydouba Sylla n’abandonne pas. Il rebrousse chemin, direction la porte d’entrée du septuagénaire. Elle n’est pas verrouillée. Il pénètre dans l’appartement. « Comme la fumée montait, je pouvais voir au niveau du sol. J’ai appelé mon voisin pour le localiser à sa voix. » Il l’entend crier et finit par le découvrir allongé, dans le salon, souffrant de blessures graves. C’est en le tirant par les pieds qu’il parvient à l’extraire de son appartement. Les pompiers arriveront quelques minutes après, pour le prendre en charge. Ils seront 23, au total, à lutter contre les flammes pour éviter la propagation du feu aux autres logements. Grièvement blessée, la victime a dû être transportée au Centre de traitement des brûlés du CHU de Nantes, et son pronostic vital était engagé. Une enquête policière a été ouverte pour déterminer l’origine de l’incendie.
« Jai inhalé des fumées, je voyais flou »
Seydouba Sylla n’en sort pas totalement indemne, non plus. « Jai inhalé des fumées et quand je me suis posé, j’ai senti que ma tête commençait à tourner et je voyais flou. » Il est conduit au CHU de La Cavale-Blanche, à Brest, d’où il sort à 5 h du matin. Quelques heures après, le jeune plombier confie être « encore sous le choc. L’état du monsieur m’a déboussolé. Je tremblais d’émotion. Je n’ai pas encore réalisé ce qu’il s’est passé. »
Seydouba Sylla n’est pourtant pas du genre à vaciller. À l’âge de 17 ans, il racontait, déjà au Télégramme, comment il avait été contraint de fuir la Guinée, accusé d’être contaminé par le virus Ebola, après que son père en est décédé. Avec son frère, ils avaient quitté le pays d’Afrique occidentale et transité par la Libye, rongée par une violence inouïe, où ils décidèrent de se séparer. Après un dur périple en mer, il avait fini par rejoindre la France, où il a trouvé refuge, à Brest. Là, il a pu se reconstruire grâce au football et à la plomberie. Et se retrouver, vendredi, à porter secours à son voisin, qu’il n’avait pourtant jamais vu, et dont il connaissait juste le neveu. Pourquoi un tel geste ? « Peut-être parce que j’aimerais que quelqu’un me vienne en aide si ça devait m’arriver. »