« Un vrai cas d’école sur le phénomène d’emprise ». Ce lundi, au premier jour du procès de Mohammed Haddou, 32 ans, devant la cour d’assises du Finistère, pour tentative de meurtre sur son ex-compagne, le dimanche 18 juin 2023, à Brest, la façon dont cet homme gardait sa victime sous sa coupe a été au centre des débats.
Pendant deux heures, cette jeune femme de 23 ans a retracé sobrement son parcours aux côtés de l’accusé, rencontré alors qu’elle n’avait que 16 ans. Malgré leurs neuf ans d’écart, « c’était très fort, on était quand même assez fusionnels, se souvient-elle. C’était une relation assez tumultueuse mais globalement, ça allait ».
L’enfant de trois ans témoin des coups de couteau
Rapidement, Cécile (*) tombe enceinte. Après avoir vécu, en couple, chez ses parents, elle décide de prendre un appartement et s’installe, en 2020, avec celui qu’elle appelle « Hamouda ». « Je voyais qu’il pouvait s’énerver pour les petits problèmes du quotidien. Il y a eu des violences dès qu’on a emménagé ». Petit à petit, le père de son fils la coupe du monde. « Il m’a forcée à rompre avec ma meilleure amie. Il disait qu’elle avait une mauvaise influence sur moi ».
Dans le huis clos de leur appartement, Cécile subit. « Il ne savait pas gérer ses émotions. Il jetait des objets sur moi. Il y avait des insultes mais ça ne m’alertait pas. Je me disais que c’était normal ». Oisif, l’accusé devient violent. Un jour, Cécile a la mâchoire déplacée. « C’était une claque ».
« Engrenage fatal »
Dans son box, Mohammed Haddou écoute attentivement sa victime. Il verse des larmes lorsqu’elle évoque leur fils, témoin de la tentative de meurtre, à trois ans seulement. La victime finit par quitter son ancien amour. « À ce moment, je veux m’émanciper, je veux partir loin de lui ». Lui n’accepte pas et ne cesse de s’immiscer dans sa vie en pénétrant chez elle et en l’épiant. Dans les jours qui précèdent l’agression, « Hamouda » monte en puissance. Il a découvert qu’elle fréquentait un autre homme. « À partir du jeudi jusqu’au dimanche, c’est la semaine de l’escalade jusqu’à la tentative de meurtre », retrace un enquêteur. « On a le sentiment d’un décompte funeste. Est-ce que Monsieur préparait le terrain ? » interroge Me Elma Kraisnik pour la partie civile. « Il est inarrêtable. Il a coupé son téléphone deux jours avant. C’est assez classique de l’engrenage fatal », analyse le policier qui se souvient : « C’est extraordinaire qu’elle survive. Nous, on partait sur un meurtre ».
« Je suis seule face à mon destin »
Cécile se souvient de cette matinée où elle a failli perdre la vie. « J’ouvre la porte d’une chambre. Il est là. Il a un regard noir. Moi, je hurle car je sais ce qui va se passer. Je n’arrive pas à joindre la police. Je suis seule face à mon destin ». Elle se réfugie dans la salle des bains. « C’est à ce moment-là qu’il me poignarde de plusieurs coups de couteau ». Neuf. « Pourquoi a-t-il arrêté ? » l’interroge-t-on. « Peut-être qu’il pensait que c’était fini… »
Transportée à l’hôpital entre la vie et la mort, Cécile passera vingt jours plongée dans le coma. Le légiste évoque « un trajet de chance » pour les coups de couteau. Cécile n’aurait pas dû survivre. Elle reste traumatisée, tout comme son fils. Pour autant, elle souhaite à celui vers lequel elle se tourne dans le box « de se guérir, de trouver la paix ».
Mohammed Haddou, assisté de Mes Valérian Meunier et Arthur Pellen, doit prendre la parole ce mardi matin.