L’affaire Epstein a pris un nouveau tournant, vendredi 30 janvier, après la publication de nouveaux documents par le ministère américain de la Justice. Au total, ce sont trois millions de pages, 2.000 vidéos et 180.000 photos qui ont été divulguées. Des mails et messages divers dans lesquels apparaissent les noms de plusieurs personnalités françaises.
Certaines ont été victimes, sur les réseaux sociaux, d’amalgames. Tandis que plusieurs internautes n’ont pas hésité à mettre tous les Français cités dans le même panier, assurant qu’ils sont « impliqués » dans l’affaire, d’autres ont préféré établir une liste erronée de ces « personnalités françaises » forcément coupables d’avoir frayé avec le pédocriminel. On fait le point.
FAKE OFF
Mentionné ne veut pas dire impliqué. Si les noms de nombreuses personnalités apparaissent dans plusieurs échanges dans le dossier Jeffrey Epstein, elles ne le sont pas toutes pour les mêmes raisons. A l’image de Céline Dion, citée dans plusieurs mails datant de 2014, dans lesquels il est simplement question de se procurer des places pour l’un de ses concerts.
Dieudonné, condamné 31 fois en France pour « injures raciales » et « incitation à la haine », est lui aussi mentionné dans des écrits entre Jeffrey Epstein et la femme d’affaires Ariane de Rothschild. Dans un échange du 20 décembre 2013, il y est fortement décrié. « Scandaleux que cela soit encore dit aujourd’hui, et en France » s’indigne Ariane de Rothschild. Des propos que l’humoriste controversé n’a pas goûtés, et qu’il a reliés à une série de mesures prises à son encontre au même moment.
Une rencontre avec Bruno Le Maire
D’autres, comme Bernard-Henri Lévy, sont l’objet d’un simple intérêt. Jeffrey Epstein semble en effet avoir essayé d’être mis en relation avec ce dernier. Mais rien, dans les échanges disponibles, ne laisse penser que les deux hommes se sont effectivement rencontrés. Contrairement à Gérard Depardieu et Bruno Le Maire : des rendez-vous entre le criminel sexuel et les deux hommes sont, eux, bien mentionnés.
Dans un échange entre Caroline Lang et Epstein le 13 octobre 2013, cette dernière lui annonce qu’il a rendez-vous pour visiter la maison de Depardieu au Kazakhstan. Une rencontre avec Bruno Le Maire est quant à elle mentionnée dans un mail du 17 mai 2018, dans lequel Epstein explique avoir reçu celui qui était, à l’époque, ministre de l’Economie.
Plusieurs échanges avec Cédric Villani
Une correspondance plus surprenante a été retrouvée parmi les millions de documents publiés le 30 janvier. Celle qui s’est nouée, en octobre 2017 et janvier 2018, entre Jeffrey Epstein et le mathématicien Cédric Villani, alors député de l’Essonne et chargé, à cette époque, de mener une mission parlementaire sur l’intelligence artificielle.
Mis en relation par le mathématicien d’origine russe et naturalisé français Misha Gromov, les deux hommes semblent avoir essayé de se rencontrer à plusieurs reprises. « Je pourrais passer prendre un verre avant le dîner, vers 19h. Cela te conviendrait-il ? Je te tiens au courant dès que mon emploi du temps est plus précis », écrit Cédric Villani à Jeffrey Epstein le 17 octobre 2018. L’homme d’affaires, visiblement de passage à Paris, lui avait proposé de passer à son appartement situé avenue Foch.
Proche d’un ex-conseiller de Sarkozy
Un autre homme, très politique, a quant à lui longtemps conversé avec le pédocriminel. Déjeuner, mise en relation ou simples messages amicaux pour prendre des nouvelles ou planifier des rencontres à Paris ou New York : Olivier Colom, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, semble avoir entretenu une relation amicale avec Epstein. En témoignent les centaines d’échanges mis à disposition par le ministère de la Justice américain. C’est également sans doute par son entremise que Jeffrey Epstein a pu rencontrer Bruno Le Maire, qu’il mentionne comme l’un de « ses amis », dans un mail de 2013.
Autre personnalité à avoir échangé avec l’homme d’affaires américain : le chef d’orchestre Frédéric Chaslin. Dans la plupart de leurs écrits, il est question d’opéra ou de rencontres à New York ou Paris. Mais dans une boucle de mails envoyés en septembre 2013, le chef d’orchestre aborde un tout autre sujet. Ce dernier indique « avoir trouvé une fille formidable pour [le] prochain séjour » d’Epstein « à Paris ». Une « étudiante en philosophie », âgée de « 21 ans » qui « parle couramment français, anglais et espagnol », poursuit-il dans un second mail.
Dans un message posté sur son compte Facebook lundi, Frédéric Chaslin a tenu à préciser l’objet de cet échange. Selon ses mots, il recommandait à Jeffrey Epstein « une interprète afin de l’accompagner dans la visite de musées parisiens ». Demande que ce dernier lui avait formulée, selon le chef d’orchestre.
L’homme d’affaires américain avait été condamné en 2008 à 18 mois de prison pour avoir mis en place un trafic sexuel de mineures. Soit plus de dix ans plus tôt.
La famille Lang dans la tourmente
Un autre point est confirmé par la publication de ces nouveaux documents : les liens entre Jack Lang, sa fille aînée Caroline, et Jeffrey Epstein. Plusieurs échanges entre l’ancien ministre de la Culture, via son assistant personnel, et le criminel sexuel américain ont été dévoilés. Dans ces emails, il est question de rendez-vous dans un restaurant (Chez Loulou), dans un théâtre (celui du Châtelet), ou encore d’un voyage à Marrakech, au Maroc.
Dans un message reçu en avril 2012 par Jeffrey Epstein, envoyé par son assistante Lesley Groff, on apprend qu’un rendez-vous avec Caroline Lang était prévu le 12 mai 2012. Aucune précision sur les raisons de cette rencontre. Comme révélé par nos confrères de Mediapart, un autre document montre que Caroline Lang et Jeffrey Epstein partageaient des parts dans une société offshore, baptisée Prytanee LLC, domiciliée dans les îles Vierges américaines.
Dans un communiqué transmis à l’AFP lundi, Jack Lang a déclaré assumer « pleinement les liens » qu’il a « pu créer » avec Epstein, « à une période où rien ne laissait supposer que » ce dernier « pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité. Si j’en avais été informé, j’aurais stoppé tout net mes relations avec lui », a assuré l’actuel président de l‘Institut du monde arabe.
De son côté, Caroline Lang a démissionné de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI). Elle précise ne vouloir « en aucun cas que cette situation puisse fragiliser ou nuire au syndicat ».
Des liens confirmés avec Jean-Luc Brunel
Enfin, une autre personnalité française apparaît sans surprise dans ces derniers documents publiés : Jean-Luc Brunel. L’agent de mannequin, qui s’est suicidé en 2022, était soupçonné de fournir des mineures au milliardaire américain par l’intermédiaire de son agence. Il avait été placé en détention provisoire après une mise en examen pour « viols sur mineurs de plus de 15 ans », « harcèlement sexuel », et avait été placé sous le statut de témoin assisté pour « traite des êtres humains aggravée ».
Dans un courriel daté de mai 2016, il est d’ailleurs question d’un homme « que Jean-Luc Brunel décrit comme un “scout” ou recruteur de filles et/ou de femmes pour Epstein ». Rien de très surprenant : les liens étroits entre l’agent et Jeffrey Epstein étant connus depuis longtemps.