Pousser un caddie dans un supermarché de Szczecin, petite ville portuaire du nord de la Pologne. C’est là qu’on retrouve Benjamin Mendy, 31 ans, lui qui touchait 550 000 euros par mois à Manchester City.
De la Premier League à la Ekstraklasa : une chute vertigineuse
Les chiffres disent tout. Chez City, Mendy était le défenseur le plus cher du monde et percevait environ 550 000 euros mensuels. Aujourd’hui, il évolue pour le Pogon Szczecin en première division polonaise, la Ekstraklasa, pour environ 11 000 euros par mois. Ce n’est pas rien sur le plan humain. Dans le monde du football professionnel, c’est une autre planète.
Son histoire avec Manchester City s’est fracassée il y a cinq ans. Des accusations d’agressions sexuelles lors de soirées dans sa villa de 5,5 millions d’euros à Mottram St Andrew, dans le Cheshire, ont déclenché une série de procédures judiciaires qui l’ont laissé sans jouer pendant deux ans entières. Il a finalement été acquitté en juillet 2023 de huit chefs d’accusation de viol, tentative de viol et agression sexuelle, à l’issue de deux procès.
Manchester City, estimant qu’il portait lui-même une part de responsabilité dans ses déboires, avait tourné la page bien avant le verdict.
Lorient, Zurich, et deux escales difficiles
Après l’acquittement, le retour au football s’est avéré plus difficile qu’anticipé.
Son arrivée à Lorient, en France, a déclenché des protestations. Des groupes féministes et des supporters ont déployé des banderoles au Stade du Moustoir avec des messages comme « Pas de violeurs dans nos stades » et « Que le monde du football balaie devant sa porte ». Mendy n’a joué que 15 minutes pour le club avant de partir.
L’escale suivante, au FC Zurich en Suisse, n’a guère été plus tranquille. Une association caritative pour les femmes a accusé le club de contribuer à une « culture du viol » en le recrutant. En cinq mois, il n’a fait que huit apparitions avant de quitter le club d’un commun accord.
La Pologne comme nouveau départ
L’été dernier, Mendy a atterri en Poméranie, sur la côte baltique polonaise. Les supporters locaux l’appellent, moitié plaisantant, la “Fierté de Poméranie”, même si ses prestations sur le terrain restent pour l’heure très limitées. Des blessures et un manque de condition physique l’ont empêché de s’imposer. Le club semble davantage l’utiliser comme outil marketing que comme pièce maîtresse de son dispositif sportif.
Patryk Jurys, analyste footballistique basé à Szczecin, le confirme sans détour : « Je ne pense pas qu’il soit une personne bruyante désormais. Il ressemble juste à un membre normal du club. Il est souvent utilisé dans des activités marketing. Il ne joue pas beaucoup, donc le club l’utilise de différentes façons en dehors du terrain. »
Un homme changé, selon son entourage
Ce qui ressort des témoignages recueillis sur place, c’est l’image d’un Mendy plus modeste, plus posé. Ses amis le décrivent comme transformé. L’un d’eux a confié au Daily Mail : « Les jeunes joueurs le regardent avec admiration à cause de la Coupe du monde et il trouve toujours le temps de les aider et de s’enquérir de la façon dont ils s’en sortent. Il n’est jamais arrogant, toujours sympathique et les pieds sur terre. Il ne joue jamais les grands seigneurs. »
Le journaliste sportif polonais Michal Horbaczewski, qui observe son intégration au club depuis son arrivée, souligne l’aspect communautaire de sa nouvelle vie : « Il est doué pour mentorer les jeunes membres de l’académie du club, et il rend également visite à des écoles environ deux fois par mois. Il est très populaire, souriant avec les enfants, signant des t-shirts, donnant des autographes. »
Il ajoute, plus nuancé sur le sportif : « L’inconvénient, c’est qu’il n’a pratiquement pas joué depuis son arrivée. Et même quand il joue, c’est seulement pour une courte durée, peut-être dix ou quinze minutes. Mais en général, les gens le voient positivement. »
Qu’on adhère ou non à l’idée d’une rédemption possible, ce qui se dessine à Szczecin, c’est au moins quelque chose de moins spectaculaire que ce que le personnage avait l’habitude de produire. Et c’est peut-être exactement ce dont il avait besoin.
