Elle quitte son copain pour 500 000€ mais le ticket n’était pas gagnant

Emilie Delacrouz
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Un chiffre mal gratté. Une relation détruite. Un mois de chaos pour rien.

Tout commence le 8 mars dernier, pour la Journée internationale des droits des femmes. Un homme décide d’offrir à sa compagne un ticket de Gratta e Vinci(le nom de la loterie italienne) acheté dans un bar de Carsoli, une petite ville de la province de L’Aquila, en Abruzzes, en Italie. Un geste romantique à 5 euros, à la place du bouquet de mimosas traditionnel. Sauf que ce ticket va tout faire exploser.

Le jackpot imaginaire

Ensemble, ils grattent le billet et jubilent devant ce qui semble être une victoire incroyable  de 500 000 euros. Une somme qui, visiblement, a fait trop envie à la compagne. Elle disparaît du jour au lendemain, avec le ticket en poche, pour empocher la totalité de la somme, relate le média italien ilmessaggero.

Sa fuite pousse l’homme, avec qui elle venait tout juste d’emménager, à déposer une plainte auprès de la Garde des finances italienne.  L’affaire prend rapidement une ampleur nationale. Les caméras de télévision débarquent à Carsoli. Les journaux s’emparent de l’histoire. Une relation démolie par la cupidité, sur fond de jackpot miraculeux. Le scénario parfait.

Sauf que la réalité allait être bien plus cruelle.

Le retournement de situation

Après avoir déposé le billet “Color Puzzle” à 5 euros en banque, la femme — une septuagénaire d’origine étrangère résidant à Carsoli — disparaît dans la nature en attendant de toucher l’argent. La banque, suivant la procédure standard, envoie alors le ticket à l’Agence des Douanes et Monopoles pour vérification d’authenticité.

Et c’est là que tout s’effondre.

La commission chargée de certifier la validité du billet relève l’équivoque et adresse à l’établissement bancaire une communication spécifique signalant l’impossibilité de procéder au paiement.

Le billet valait zéro euro.

Un “43” pris pour un “13”

Le billet n’avait pas été grattée entièrement. Le nombre prétendument “gagnant” — le “13” — était en réalité un “43”. La partie gauche du chiffre “4” était restée couverte, le faisant apparaître comme un “1”. Et c’est justement le 13 qui figurait dans la combinaison gagnante liée au symbole de la “sphère”, associé au jackpot de 500 000 euros.

La probabilité d’obtenir la mise maximale est d’un billet sur 12 960 000. Ce chiffre devient narrativement parlant très révélateur quand on réfléchit à l’erreur de lecture de Carsoli — le numéro gagnant est imprimé selon des critères techniques très stricts, et toute ambiguïté dans la lecture fausse tout.

Bref, un carré de vernis mal enlevé a suffi à créer une illusion à 500 000 euros.

L’adrénaline collective

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est que personne n’a vérifié sur le moment. D’après les informations disponibles, même le propriétaire du bar, dans la confusion de ces instants surexcités, n’avait pas jugé significatif l’échec de la validation électronique du ticket.

L’euphorie avait pris le dessus. Sur tout le monde.

Un homme de 45 ans d’origine roumaine, ouvrier du bâtiment, qui a porté plainte contre la septuagénaire propriétaire du Gratta e Vinci, convaincu d’avoir été trahi au moment d’encaisser. Les deux s’étaient rencontrés par hasard au Bar Renato, dans le centre commercial Carsoli 2. Selon ses propres déclarations, il lui aurait offert un café et un ticket à gratter. “Je lui avais dit que, le cas échéant, on ferait moitié-moitié”, a-t-il répété à plusieurs reprises.

Pourtant, même face aux conclusions officielles, l’homme ne lâche pas. Contacté par téléphone par l’émission “La vita in diretta”, il affirme avoir bien gratté le billet. “C’est un mensonge”, dit-il en réponse à la version relayée par la presse, “le billet est gagnant, j’ai tout, y compris la photocopie.”

Fin de l’histoire

La décision de l’Agence des Douanes a tout réglé d’un coup. Aucun argent, aucun partage, aucune bataille juridique. Quant au destin d’un couple qui, jusqu’au 8 mars, semblait parfaitement soudé, l’Agence des Monopoles ne peut pas grand chose.

Une relation fracassée, des plaintes croisées, des équipes de télévision venues en direct depuis un bar de province… pour un billet de 5 euros qui ne valait rien.

Un chiffre mal lu, un billet mal interprété, et une affaire qui, de potentiel fait divers, s’est transformée en un grand vide. Carsoli retrouve sa tranquillité, pendant que l’histoire du “Gratta e Vinci fantôme” reste comme exemple de la rapidité avec laquelle un épisode local peut devenir un cas national.

Et quelque part, c’est peut-être ça la vraie leçon, grattez toujours jusqu’au bout.

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