Décès de Marcel Niat Njifenji : l’ancien président du Sénat camerounais meurt 25 jours après avoir quitté le pouvoir

La Rédaction
6 Min Read

Le Cameroun vient de perdre l’une des figures les plus emblématiques de son histoire politique. Marcel Niat Njifenji s’est éteint le samedi 11 avril 2026 au CHU de Yaoundé, à l’âge de 92 ans, vingt-cinq jours seulement après avoir quitté le perchoir du Sénat qu’il occupait depuis treize ans. Un destin qui résume à lui seul toute une époque.

Une carrière au sommet de l’État

Né le 26 octobre 1934 à Bangangté, dans la région de l’Ouest, cet ingénieur de formation avait présidé le Sénat camerounais de 2013 à mars 2026, date à laquelle Paul Biya l’avait remplacé par Aboubakary Abdoulaye dans le cadre d’un renouvellement des têtes des deux chambres du Parlement.

Mais avant d’atteindre le sommet protocolaire de l’État, Marcel Niat Njifenji avait construit une trajectoire rare. Il avait été directeur général de l’ancienne Société nationale d’électricité du Cameroun, la SONEL, à une époque où l’État contrôlait encore directement la production et la distribution d’électricité sur l’ensemble du territoire national. Il avait ensuite occupé des fonctions ministérielles avant de devenir maire de Bangangté entre 2002 et 2007.

Issu de la région de l’Ouest, il avait également évolué dans le monde des affaires avant de s’imposer durablement en politique. Une trajectoire qui faisait de lui bien plus qu’un simple baron du régime : un technocrate, un élu local, un homme d’État au sens plein du terme.

Le deuxième personnage de l’État pendant plus d’une décennie

En 2013, lorsque le Sénat camerounais est enfin mis en place après des années d’existence constitutionnelle théorique, c’est Niat Njifenji qui en prend les commandes. Figure influente du paysage institutionnel, il occupe plusieurs fonctions de premier plan au cours de sa longue carrière, notamment celle de président du Sénat depuis la mise en place de cette institution en 2013.

Ce rôle n’était pas purement honorifique. Pilier du régime Biya, Niat Njifenji occupait constitutionnellement la deuxième place dans l’ordre protocolaire de l’État, habilité à assurer l’intérim de la présidence de la République en cas de vacance du pouvoir. Pendant treize ans, il était donc l’homme qui aurait pu diriger le Cameroun si quelque chose était arrivé à Paul Biya.

Une santé déclinante connue de tous

Sa mort n’est pas venue de nulle part. Depuis plusieurs années, la santé de Marcel Niat Njifenji alimentait rumeurs et spéculations, notamment lors de ses évacuations sanitaires en France et de ses longues périodes d’absence de la scène publique. Entre 2018 et 2025, de fausses annonces de décès avaient circulé, régulièrement démenties par sa famille et par les autorités, au point de faire de lui une figure fantomatique du pouvoir.

Sa dernière apparition publique restera gravée dans les mémoires. Le 11 juin 2025, lors de l’ouverture de la session ordinaire du Sénat, il avait déclaré : “Je tenais à faire ce discours pour dire que je suis là.” Des mots qui, rétrospectivement, sonnent comme un testament.

Sa mise à l’écart formelle du perchoir sénatorial en mars 2026 apparaissait déjà comme une transition discrètement organisée. Sa santé déclinante était connue dans les cercles proches du pouvoir.

La page se tourne doublement

Le décès de Marcel Niat Njifenji intervient dans un contexte particulièrement chargé de symboles. La révision constitutionnelle d’avril 2026 vient précisément de supprimer le rôle successoral du président du Sénat, avec la création d’un poste de vice-président. La page se tourne doublement, biologiquement et constitutionnellement.

Le Sénat du Cameroun a officiellement annoncé le décès dans un communiqué signé par Aboubakary Abdoulaye, président en exercice de l’institution, précisant que le programme des obsèques serait communiqué en temps opportun.

Son successeur y a exprimé l’émotion de l’institution, indiquant que “le président du Sénat, les membres du Bureau et les personnels du Sénat adressent à la famille leurs sincères condoléances.”

Une génération qui s’efface

“Il représentait un Cameroun qui ne connaît pas la retraite politique”, commente un analyste politique basé à Yaoundé. La mort de Niat Njifenji accélère l’effacement d’une génération entière. Avec lui disparaît un type particulier d’homme d’État, formé dans les premières décennies postcoloniales, façonné par un appareil d’État centralisé, étranger aux logiques de communication politique moderne.

Au-delà de l’émotion suscitée par la mort d’un vétéran de la scène publique, la disparition de Marcel Niat Njifenji interroge sur la transition générationnelle au sommet de l’État, dans un pays où de nombreuses institutions restent dominées par des responsables nonagénaires.

Pour la région de l’Ouest et pour Bangangté, sa ville natale, c’est bien plus qu’un hommage politique qui se dessine. C’est la fin d’une présence au sommet de l’État qui avait duré plus de soixante ans. Une page de l’histoire du Cameroun indépendant vient de se refermer.

Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire