Le phénomène est clairement identifié par les autorités et les acteurs de la tranquillité publique mais il peine à être endigué. « Ils se livrent à des violences qui peuvent être gravissimes », s’inquiète un observateur de terrain. Les victimes sont nombreuses à se signaler. Elles ont des profils variés. Il s’agit pour beaucoup de mineurs mais pas seulement. Des personnes âgées ou encore des personnes vulnérables font les frais de ces agresseurs qui agissent toujours en bande sans chercher à se cacher.
« Je les ai entendus dire “On va le tabasser” »
Rue du Parc ou place de la Résistance, les nœuds des transports en commun quimpérois, sont des points sensibles identifiés. Christophe, un néo-Quimpérois, relate : « Du côté de la dalle du Steïr, j’ai vu plusieurs fois des jeunes excités. Je les ai entendus dire « On va le tabasser », sans pour autant s’adresser à moi. Une fois, début décembre, j’étais au Monoprix, il y a eu une bagarre devant et le personnel a décidé de baisser le rideau sur une des sorties. Ils nous ont dit qu’ils craignaient que les gamins viennent se battre dedans. Rue du Parc, je les vois régulièrement. J’ai l’impression qu’ils essaient de singer les comportements de certains jeunes dans les grands centres urbains, notamment par leurs tics de langage. Ça en est ridicule ».
Les motifs des agressions sont divers. « Il y a des vols bien sûr mais pas seulement, indique un professionnel de terrain. Certaines fois, ils cherchent juste à humilier. On a l’impression d’une déshumanisation ». Voitures volées ou brûlées, rendez-vous pris sur des sites de vente en ligne qui finissent en guet-apens… Les façons de piéger les victimes sont polymorphes.
Davantage de patrouilles
Les conducteurs des bus de la QUB sont des témoins privilégiés de ce phénomène. « Ça fait un moment qu’on alerte, confirme Yannick Metayer, délégué CFDT-SNTU. On a ressenti cette montée de l’insécurité. Oui, il y a des agressions et des bagarres dans nos bus. On ne peut rien faire si ce n’est fournir les vidéos embarquées à la police ». Laquelle police affirme : « On augmente les patrouilles sur les points sensibles. On travaille activement sur ce sujet ».
Fin octobre, la maman d’une victime, agressée près de l’arrêt de bus de la rue du Parc par une dizaine d’adolescents, témoignait dans nos colonnes : « Ils étaient autour de lui et l’ont traîné par son sac à dos dans une ruelle. Après, il m’a appelée en pleurs ».
Une autre mère en colère décrivait : « Il a vu cinq armes blanches. L’agression a duré une trentaine de minutes. Mon fils était avec un ami derrière le centre commercial La Galerie. Ils lui ont demandé de s’asseoir dans le coin d’un arrêt de bus et d’enlever sa veste. L’un d’eux a commencé à les frapper, les autres filmaient ».
Réseaux sociaux
Car les agressions perpétrées à Quimper sont filmées par leurs auteurs, leurs amis et même par des passants avant d’être publiées sur les réseaux sociaux. Le groupe auteur de ces violences est identifié. Ce sont des équipes à tiroirs de six ou sept à chaque fois. Ils sont interchangeables.
Il y a un an, un jeune homme de 20 ans avait été passé à tabac par une de ces équipes, en plein jour, dans un bus dans le secteur de Créac’h Gwen. Les enquêteurs de la police étaient parvenus, mi-août, à identifier et à interpeller sept mineurs âgés de 13 ans à 16 ans. Six avaient reçu des convocations devant le juge des enfants*. « Les mesures de privation de liberté sont inexistantes. Les sanctions sont trop faibles », déplore une personne investie sur le sujet.
Du côté de la mairie aussi, le phénomène est identifié. La maire réélue, Isabelle Assih, analyse : « Ces faits traduisent de nouvelles réalités de quelques jeunes en manque de repères, rétifs aux actions de prévention, et qui de fait peuvent être violents. Ce sont des comportements inacceptables ».
« La réponse pénale doit être ferme et au rendez-vous »
Elle précise : « Des réunions spécifiques en groupe de partenariat opérationnel, auxquelles je participe, sont régulièrement organisées pour chaque situation en lien étroit avec la Police nationale. Sous l’autorité de la Procureure de la République, les groupes locaux de traitement de la délinquance permettent d’agir rapidement et de façon ciblée ».
En parallèle du travail d’enquête de la Police nationale et de la Justice, la ville indique avoir communiqué auprès des familles et des établissements scolaires. « Des courriers ont été adressés à l’ensemble des établissements dès l’année dernière pour les alerter sur certains comportements. J’ai confiance dans le travail mené actuellement par les forces de l’ordre et la Justice. La réponse pénale doit être ferme et au rendez-vous », conclut la maire.
*Contacté, le Parquet de Quimper n’a pas répondu à notre sollicitation.