Lions Espoirs : la liste de Feutchine relance le vieux débat binationaux contre locaux

David Marius
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Une liste, et voilà que les réseaux s’enflamment. La publication du groupe des Lions U23 par Guy Feutchine en vue des éliminatoires de la CAN U23 a suffi à rouvrir une discussion qui agite le football camerounais depuis des années — celle de la place réservée aux talents formés au pays face aux binationaux venus de la diaspora.

Un groupe qui fait parler

Le constat saute aux yeux : la sélection dévoilée par Feutchine est majoritairement composée de joueurs à double nationalité, évoluant dans des championnats étrangers. Sur le papier, le choix se défend — niveau de compétition plus élevé, expérience de l’élite européenne, profils déjà aguerris. Mais dans les tribunes virtuelles du football camerounais, la pilule ne passe pas facilement.

Ce n’est pas tant la présence des binationaux qui pose problème — personne ne remet en cause leur légitimité — c’est l’impression que certains jeunes ayant porté le maillot camerounais depuis leurs premières sélections se retrouvent aujourd’hui sur le carreau, sans explication claire.

La voix des observateurs

Parmi ceux qui ont exprimé leurs réserves, le rédacteur web Pradel Nanga Nanga a mis des mots précis sur ce malaise. Son argument n’est pas idéologique — il est concret : des joueurs qui ont mouillé le maillot depuis les U17, qui performent actuellement dans leurs clubs, n’apparaissent ni dans la liste des Espoirs ni dans les radars de la sélection A.

Sa sortie mérite d’être citée, tant elle résume bien le sentiment d’une partie des observateurs : « Il ne faut pas oublier qu’il y a des jeunes qui ont rendu de loyaux services avec ce Cameroun depuis les U17 et qui sont performants actuellement dans leurs différents clubs. Il est hors de question qu’on ne les retrouve ni chez les U23, ni chez les A. Ils doivent être encadrés et mis en confiance et c’est eux qui devraient en retour transmettre le “Hemlè” aux nouveaux venus. »

Ce mot “Hemlè” dit beaucoup. Ce n’est pas qu’une question de talent individuel. C’est une culture, une identité, un ADN de jeu qui se transmet. Et ça ne s’importe pas.

Un équilibre difficile à trouver

Le débat n’est pas nouveau, et il n’a pas de réponse simple. Les binationaux apportent indéniablement quelque chose : une exposition à des championnats plus intenses, une maturité tactique, parfois un niveau physique supérieur. Personne ne le nie.

Mais à trop tourner le dos au vivier local, on risque de décourager une génération entière de joueurs formés au Cameroun, ceux qui ont grandi avec l’idée que bien faire chez eux pouvait un jour les amener en sélection. Si ce chemin se ferme, c’est toute la pyramide du football camerounais qui s’en trouve fragilisée.

Feutchine sous surveillance

À l’approche des éliminatoires, Guy Feutchine n’aura pas seulement à gérer un groupe et préparer des matchs. Il devra aussi convaincre que ses choix sont sportifs avant d’être autre chose, et que la porte reste ouverte pour les talents qui travaillent dans l’ombre du championnat local.

Ce n’est pas une pression anodine. Dans un pays où le football est religion, chaque liste est disséquée, chaque absence commentée. Le sélectionneur des Espoirs le sait mieux que quiconque : les résultats sur le terrain ne suffiront pas toujours à faire taire les questions en dehors.

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