Attentats aux Émirats : l’image de Dubaï et d’Abu Dhabi fragilisée

La Rédaction
6 Min Read

Les récents attentats aux Émirats arabes unis ont semé le doute sur la réputation de Dubaï et d’Abu Dhabi, longtemps présentées comme des destinations de luxe sûres et prisées par les touristes et les hommes d’affaires occidentaux. Ces événements interrogent sur l’avenir de ces métropoles du Golfe, associées au soleil, au confort et à un style de vie haut de gamme.

« Les voyageurs oublient vite », estime un expert du tourisme

Pour Andreas Zgraggen, spécialiste du tourisme, ce type de crise n’est pas inédit. Au cours de sa carrière, il a traversé de nombreuses situations similaires, de la peste en Inde en 1994 au tsunami en Asie du Sud-Est en 2024, sans oublier les conflits au Cachemire ou les séismes au Népal.

« Et pourtant, les destinations touchées se sont toujours rétablies », explique-t-il. Selon lui, la durée de la crise et son traitement médiatique jouent un rôle central. Il observe qu’en général, une destination touristique retrouve son niveau d’activité en six à douze mois.

Il se montre confiant concernant les États du Golfe. « Les Émirats investissent massivement dans leur image internationale depuis des années – ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour maintenir cette confiance. » Il ne prévoit pas de conséquences durables pour les destinations de luxe du Moyen-Orient et ajoute : « Le passé montre que les voyageurs oublient très vite. »

Originaire de Zoug, Andreas Zgraggen travaille dans le tourisme depuis plus de 30 ans. Il a occupé des fonctions chez Intens Travel et Manta Reisen, a fait partie de la direction de DERTOUR Suisse et préside aujourd’hui l’Association du tourisme de Zoug.

Un voyage annulé après les attentats

D’autres voyageurs adoptent une approche plus prudente. Yuliya Benza, ancienne Bachelorette, devait se rendre aux Émirats avec son partenaire, l’influenceur Zeki Bulgurcu, et leur bébé. Le séjour était déjà organisé.

« Nous l’attendions avec impatience, notamment parce que le vol avec le bébé ne prend pas trop de temps », confie-t-elle. Comme beaucoup, elle voyait Dubaï et Abu Dhabi comme des destinations idéales. Mais l’actualité récente les a poussés à revoir leurs plans. « Nous avons eu de la chance dans le malheur et avons pu annuler le voyage à temps. »

Elle précise que la peur n’était pas la principale raison de cette décision. « C’est plutôt une question de réflexion. Quand on voit combien de souffrance il y a dans le monde en ce moment, le voyage et le luxe sont différents. » Elle ajoute : « Cela ne nous convient tout simplement pas pour le moment. » Le couple n’exclut toutefois pas de voyager aux Émirats à l’avenir, lorsque la situation sera plus calme.

Le rôle des influenceurs dans l’image de Dubaï

Pour Marlon Giglinger, de l’agence d’influence Netzschreier, les créateurs de contenu jouent un rôle majeur dans la perception internationale de Dubaï. La ville s’est construite une image forte de destination sûre, luxueuse et ouverte sur le monde.

Il ne s’attend pas à un retrait massif des influenceurs. « Cette confiance ne disparaîtra pas du jour au lendemain », estime-t-il, soulignant que beaucoup entretiennent des liens économiques et personnels avec la région.

À court terme, il envisage davantage de prudence. « Les influenceurs individuels reconsidéreront ou reporteront leurs voyages si la région est perçue comme dangereuse. » Sur le long terme, Dubaï devrait rester attractive pour de nombreux créateurs.

Liberté d’expression et réseaux sociaux

Malgré les événements, de nombreux influenceurs présents à Dubaï continuent de publier du contenu positif, insistant sur les mesures de sécurité. En ligne, certains évoquent une possible pression pour éviter les commentaires négatifs.

Après le début de la guerre, le bureau du procureur général des Émirats arabes unis a officiellement mis en garde contre la diffusion de rumeurs ou d’informations provenant de « sources inconnues » sur le réseau X.

La loi fédérale, décret-loi n° 34/2021, prévoit des sanctions pouvant atteindre 48 000 francs d’amende ou jusqu’à deux ans de prison pour la diffusion de tels contenus.

Marlon Giglinger souligne que « de telles discussions influencent naturellement la manière dont la liberté d’expression est perçue au niveau local ». Il rappelle également que, dans le secteur des influenceurs, il est courant d’éviter les sujets politiques afin de préserver les partenariats commerciaux. « Le gouvernement des Émirats arabes unis ne doit donc pas nécessairement faire pression sur les influenceurs », précise-t-il.

Share This Article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire