Le couperet est tombé pour Éric Fouché dans l’affaire de la succession de Joël Robuchon. Le notaire à Rennes, déjà sanctionné en première instance, a vu sa peine lourdement aggravée par la Cour nationale de discipline, le 30 janvier dernier. Sa suspension passe de huit mois à deux ans d’interdiction d’exercer. L’officier ministériel restera loin de son étude jusqu’à mi-2027.
La Cour a eu des mots durs pour dénoncer des manquements professionnels graves et un « mélange des genres inadmissible ». Au cœur des griefs : le rôle trouble du notaire au sein de la fiducie, ce montage juridique complexe destiné à gérer l’immense patrimoine du chef étoilé. « On ne peut pas être à la fois notaire de la succession, conseiller financier et membre de la fiducie ! », a fustigé l’avocat général lors de l’audience rennaise.
Pourvoi en cassation
Le contentieux cristallise les tensions entre trois enfants héritiers de Joël Robuchon qualifié de « chef le plus étoilé du monde ». Au sommet de sa carrière, il totalisait 32 étoiles au Guide Michelin réparties sur ses différents établissements à travers le globe.
La Cour nationale de discipline des notaires l’a redit clairement : les frais de cette fiducie ne sont pas des dettes successorales.
Me Éric Fouché aurait dû obtenir le feu vert de tous les héritiers avant d’engager ces dépenses, plutôt que de se contenter de l’aval du mandataire judiciaire. Me Mikaël Bonté, conseil de la chambre des notaires, pointe un « manque de vigilance face à des actifs souvent logés dans des structures offshore ». La défense du notaire, assurée par Me Thierry Fillion, conteste cette lecture et a déjà annoncé un pourvoi en cassation, lequel devra trancher sur la structure même du montage.
L’affaire prend un tournant judiciaire
Mais les ennuis d’Éric Fouché ne s’arrêtent pas à la discipline de sa profession. Selon nos informations, l’étau se resserre sur le plan pénal. Une information judiciaire pour escroquerie en bande organisée et association de malfaiteurs vient d’être ouverte par le parquet de Paris. Cette procédure fait suite à la plainte déposée par Sophie Robuchon, la fille du « cuisinier du siècle », qui estime que plusieurs millions d’euros ont été détournés de la succession.
Après un long bras de fer sur le montant de la consignation, l’instruction pénale est donc désormais lancée. Un juge d’instruction va devoir disséquer ce que Sophie Robuchon décrit comme un siphonnage méthodique de l’héritage : 8 millions d’euros évaporés entre 2018 et 2022.
La fiducie : un écran pour des frais colossaux ?
Le cœur de l’enquête porte sur une possible entente entre trois acteurs clés : le mandataire judiciaire Daniel Valdman, le notaire rennais Éric Fouché et l’avocat parisien Yves-Marie Ravet. La justice soupçonne ces derniers d’avoir perçu des honoraires « fantaisistes ». Un premier signal a d’ailleurs été donné par le bâtonnier de Paris, qui a déjà ordonné au cabinet de Me Ravet de restituer 1,5 million d’euros de surfacturation à la famille.
L’instruction devra déterminer si la fiducie a permis aux protagonistes de prélever des frais de gestion massifs sans l’accord, ni même le contrôle, des héritiers. Pour Me Lucas Veil et Me Patrick Klugman, avocats de Sophie Robuchon, le vent a tourné.
L’aggravation de la sanction disciplinaire contre Éric Fouché résonne comme un « désaveu de sa propre profession ». Ce « lâchage » par ses pairs envoie un « message sans équivoque au juge d’instruction : les manquements sont jugés irréparables, ouvrant la voie à une reconnaissance pénale des faits. »