
Neuf ans que les faits ont eu lieu, neuf ans d’instruction et de renvoi, neuf ans de stress post-traumatique. « Quelle entrée dans la vie sentimentale et professionnelle », ironise froidement Me Bagot, l’avocate de la victime. Ce mardi 3 février, un vétérinaire de Paimpol était jugé devant le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc pour des faits d’agression et de harcèlement sexuels par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction envers son ancienne apprentie, alors tout juste âgée de 18 ans, en 2017.
« Vivre une quelque chose avec quelqu’un de plus jeune »
Dès le début de son alternance, la jeune femme constate un comportement inapproprié de la part de son supérieur : bise suivie de caresse dans le dos, embrassade dans le cou, main dans les cheveux ou sur les cuisses, au restaurant, sous la table. Des faits que le prévenu ne nie pas : « J’ai commis une erreur de jugement. J’ai cru pouvoir vivre quelque chose avec quelqu’un de plus jeune. Mais je n’ai pas insisté », estime-t-il.
Puis, un soir, il lui propose un dîner en compagnie de deux autres personnes. Finalement, elle se retrouve seule avec lui ce soir-là. Pendant le repas, il la rejoint dans la cuisine, l’embrasse et la porte jusque dans sa mezzanine. Il la bloque sur le clic-clac mais elle arrive à se débattre et à s’échapper. Une version contestée par le conseil de la défense, qui « remet en cause la cohérence du récit » et s’appuie sur les conclusions du capitaine de gendarmerie pour contester le harcèlement sexuel.
45 ans de différence d’âge
Au fur et à mesure des auditions du prévenu, ses témoignages évoluent : d’une « provocatrice » portant des décolletés et des jupes courtes, l’apprentie sera plus tard décrite comme une personne qui lui « plaisait beaucoup » jusqu’à « vivre une aventure sentimentale avec elle ».
Elle est née en 1999 ; lui, en 1954. Il a 63 ans au moment des faits. « Une sacrée différence d’âge, pointe la juge. Ça ne vous choque pas de vouloir engager une relation avec une fille de 18 ans ? » Le vétérinaire répond : « Un homme mûrit lentement. Mais, aujourd’hui, j’ai compris. »
Celui qui se décrit comme un ancien « coureur de jupons » a vu, en cinq ans, cinq de ses huit apprenties rompre leur contrat. Entre les SMS, les échanges de mail et les témoignages concordants de femmes l’ayant côtoyé, le tribunal a déclaré Jean-Claude Jestin coupable de l’ensemble des faits. Il est condamné à trois ans de prison, dont deux en sursis probatoire, assortis, notamment, d’une indemnisation de la victime, ainsi qu’à une obligation de soins. Son nom est également inscrit au Fijais (fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes).