Plus qu’une poignée de jours avant l’ouverture du procès du meurtrier présumé de son père et de ses complices devant la cour d’assises des Côtes-d’Armor. Dans les rues de Loudéac, Morgane Ferreira frissonne et se pelotonne dans sa doudoune blanche. « C’est mon papa qui me l’avait offerte. Nous l’avions achetée ensemble, chez Pimkie, à l’occasion d’une balade à Saint-Brieuc. Nous faisions plein de choses ensemble. Mon père, c’était toute ma vie. »
Disparu entre le 17 et le 18 février 2023
À partir de ce mardi 27 janvier, cette jeune femme de 21 ans va s’asseoir sur le banc des parties civiles de la salle des assises du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc. Son espoir ? Supporter le récit des derniers instants de François Ferreira, son père adoré, mais surtout apprendre où a été cachée sa dépouille. Ce Loudéacien de 44 ans, mêlé aux trafics de stupéfiants qui gangrènent le Centre-Bretagne, a disparu entre le 17 et le 18 février 2023. Fin juillet 2022, il avait pris le risque de voler un important stock d’héroïne, d’armes et de faux billets à un trafiquant, Mehdi Barbançon, qui tardait à le rémunérer pour ses convoyages aux Pays-Bas.
« Quand on se retrouvait, rien n’avait changé »
Oui, François Ferreira trempait dans le trafic de drogues. Quatre des cinq accusés vont répondre de sa séquestration suivie de sa mort. Ils vont peut-être s’appliquer à le dépeindre comme un toxicomane sans morale. Morgane Ferreira ne laissera pas ce récit s’imposer. François Ferreira ne se résumait pas à son parcours délictuel. Il était un père aimant, soucieux de sa fille unique. Elle avait construit avec lui un lien fort, au gré de ses allers-retours en prison. « J’étais petite, je n’en ai pas trop souffert. Et quand on se retrouvait, rien n’avait changé. C’était un amour, il avait le cœur sur la main », raconte Morgane Ferreira.
« J’ai été trop gentille »
La jeune femme s’était faite à cette relation père fille en pointillé. Mais en 2022, elle est mise à rude épreuve. François Ferreira, pourtant diminué par une greffe rénale, sombre dans la dépendance. Le 2 janvier 2023, il promet à sa fille de tout arrêter. La résolution de début d’année ne tient guère. Les engueulades sont légion. « J’avais besoin de mon père, en fait », justifie Morgane. Elle voit apparaître, dans le sillage du quadragénaire, un homme, Cédric Conord, sorti de nulle part, et qui s’autoproclame son meilleur ami. Elle tique, le trouve manipulateur. Son père se veut rassurant. « J’ai été trop gentille », juge-t-elle après coup.
« Bisous ma fille, je t’aime. Je ne l’ai plus revu »
Oui, après coup, Morgane reliera tous les petits signaux d’alerte qui s’étaient allumés. Cet accident de moto qui n’en était pas un, cette rumeur d’une « équipe » venue taper son père… « Les gens racontent n’importe quoi », la rassure-t-il. Le matin du 17 février 2023, elle fait une promenade avec lui, en bord de mer, « pour mettre les points sur les i. Il m’a dit bisous ma fille, je t’aime. Je ne l’ai plus revu ». Le téléphone de François Ferreira a définitivement cessé d’émettre le 18 février 2023, à 16 h 19.
« Je creuse, et je le trouve »
Morgane a failli sombrer. À peine majeure, elle doit aiguiller l’enquête des gendarmes. C’est elle qui leur ouvre la porte de son appartement, rue du Pavillon, à Loudéac. « Le ménage était fait et tous ses médicaments pour les reins étaient là. » Elle a deviné. Elle a été dévastée par les détails des derniers instants de son père. Elle s’en est remise à un médium, s’en est allée creuser dans le secteur de Plumieux à la recherche de son corps. Il lui a fallu refouler les cauchemars. « Je creuse, et je le trouve dans une bâche transparente ». Au printemps 2023, elle, si frêle, ne pesait plus que 38 kg.
« Pour me recueillir »
Mais, mue par l’énergie du désespoir, et grâce au soutien de son compagnon, Morgane Ferreira n’a pas sombré. À l’orée du procès, elle est même en mode combat. « J’ai peur mais je n’abandonne pas pour le rendre fier. J’étais sa princesse, il ne m’aurait jamais abandonnée. Je vais leur demander de me rendre son corps, pour que je puisse avoir un endroit pour me recueillir, pour faire attention à lui, comme eux ne l’ont pas fait. C’était un gentil. C’était toute ma vie, mon père. »