
Ce lundi 19 janvier avait lieu l’audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire des Rennes. À la tête de cette juridiction, la dyarchie n’a parlé que d’une seule voix. Malgré des renforts récents, le tribunal judiciaire de Rennes demeure en situation de forte tension, notamment sur le volet pénal. Magistrats du siège et du parquet ont alerté sur un écart persistant entre les besoins réels et les moyens disponibles, dans un contexte de hausse continue de la criminalité organisée.
« Il y a du mieux en termes d’effectifs, mais nous sommes encore très loin de ce qui avait été annoncé », a indiqué Alice Mazenc, la présidente du tribunal. Quatre créations de postes ont été actées, mais la juridiction ne compte aujourd’hui que 49,3 équivalents temps plein de magistrats du siège, alors que les besoins sont évalués à 57 d’ici 2027. La situation du greffe reste également préoccupante, avec 159 agents en poste pour 182 théoriques. « Le greffe n’a jamais été aussi bas », a-t-elle souligné.
La juridiction interrégionale spécialisée (JIRS), chargée de la lutte contre la criminalité organisée, est particulièrement affectée. « Nous travaillons à moyens constants depuis 20 ans alors que la criminalité organisée a considérablement augmenté, a ajouté Alice Mazenc. Les autres JIRS de France ont toutes été renforcées mais pas celle de Rennes. Nous n’avons toujours que trois cabinets. L’Ouest de la France est oublié. Le nombre de dossiers traités a progressé de 39 % entre 2018 et 2025. » Aujourd’hui, plus d’une centaine de procédures sont en cours, avec des dossiers de plus en plus complexes et davantage de personnes incarcérées. Faute de moyens suffisants pour juger, près de 21 millions d’euros d’avoirs criminels saisis ne peuvent pas être confisqués. « Il faudrait doubler la composition correctionnelle JIRS pendant deux ans pour résorber le stock », estime la présidente. « On juge uniquement les dossiers des personnes détenues. »
Du côté du parquet, Frédéric Teillet, le procureur de la République, a mis en avant les efforts engagés pour améliorer le fonctionnement de la juridiction. Les délais moyens de convocation ont été réduits, passant d’environ 20 mois à 15 mois et demi en un peu plus d’un an. « Nous avons arrêté la dérive des délais et commencé à les réduire », a précisé Frédéric Teillet, saluant un travail collectif du siège, du parquet et du greffe.
La lutte contre les stupéfiants reste une priorité, avec 13,7 millions d’euros d’avoirs criminels saisis en 2024 par la JIRS rennaise. « Chaque confiscation doit rappeler que le crime ne paie pas », a insisté le procureur. Les violences intrafamiliales et la sécurité routière demeurent également au cœur de l’action judiciaire.
Toujours d’une même voix, la présidente du tribunal et le procureur de la république ont enfin exprimé leurs inquiétudes face à l’attribution de nouvelles compétences, notamment en matière d’application des peines JIRS, sans renforts correspondants. Depuis le 5 janvier, l’application des peines de rennes est en charge de tous les dossiers JIRS. « Rennes gère donc notamment les détenus incarcérés à Condé-sur-Sarthe, le tout à moyens constants. »