Selon la journaliste en service au quotidien national Cameroon Tribune, la nouvelle en soi n’est pas une surprise puisque l’idée circulait depuis quelques années déjà mais nombreux étaient ceux qui espéraient qu’elle resterait justement au simple rang d’idée.
Dans un éditoriale, Josiane R. Matia dénonce le silence des fédérations africaines face à cette annonce de la CAF, sous l’impulsion de la FIFA. « L’Afrique, forte de sa cinquantaine de pays, soit au moins le quart des membres de la FIFA, représente pourtant une force qui peut influer sur les décisions la concernant au moins », explique-t-elle.
« CAN tous les quatre ans : l’outrance de trop
Dans le sillage des nombreuses réformes engagées depuis quelques années, la Confédération africaine de football (CAF) a suscité une onde de choc sur le continent avec l’annonce, par son président Patrice Motsepe, du changement de périodicité de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Celle-ci se jouera désormais tous les quatre ans donc, au lieu de deux, dès 2028.
La nouvelle en soi n’est pas une surprise puisque l’idée circulait depuis quelques années déjà mais nombreux étaient ceux qui espéraient qu’elle resterait justement au simple rang d’idée. Pour le patron du football africain, l’objectif est d’améliorer la qualité de la compétition, offrir de meilleures conditions aux joueurs et aligner le calendrier africain sur les standards internationaux.
Tout le monde sait toutefois que la CAF n’a fait que s’aligner sur les désiderata de la Fédération internationale de football association (FIFA) et des clubs européens, réfractaires depuis des lustres à la libération des joueurs africains pour le tournoi. En 2020, lors d’un séminaire sur le développement des infrastructures en Afrique, Gianni Infantino, le président de l’instance mondiale du football, avait mis les pieds dans le plat en lançant l’idée d’une CAN tous les quatre ans.
Jamais à court d’arguments, l’Italo-suisse avait avancé que cela rendrait la compétition « plus attrayante » au niveau mondial et plus rentable financièrement. Ce qui s’apparentait alors à une innocente et gentille suggestion avait déjà divisé le continent à l’époque. Aujourd’hui, il est clair que ce n’était pas une idée lancée en l’air et que les intérêts du continent africain sont de loin le cadet des soucis des caïds du football mondial. En tout cas, on n’a jamais vu la FIFA s’imposer à ce point au sein des autres confédérations.
Après les multiples déplacements de la CAN à travers le calendrier international depuis 2019, ballotée ici et là pour ne pas interférer avec les tournois de la FIFA ; la programmation de l’édition 2025 en plein hiver, une période inhabituelle ; le retardement de libération par les clubs des joueurs qui a bouleversé les programmes de préparation des équipes, on n’en est plus à une preuve de mépris près.
Et le silence coupable de tout le continent n’en est que plus assourdissant et révoltant. Qui pour défendre l’intérêt du football africain que des figures comme Issa Hayatou se sont battues à protéger contre vents et marées ? L’Afrique, forte de sa cinquantaine de pays, soit au moins le quart des membres de la FIFA, représente pourtant une force qui peut influer sur les décisions la concernant au moins.
Tout ce qui faisait la spécificité et la beauté de la CAN est en train d’être effacé dans l’indifférence totale. Surtout que cette nouvelle mesure aura clairement une incidence sur les revenus des fédérations et surtout de la CAF qui a comme principale vitrine ce tournoi. Sans parler des joueurs africains qui vont perdre en visibilité. Ce n’est pas la création de la Ligue africaine des nations qui changera quelque chose à la donne. Mais tout ceci passe clairement au-dessus de la tête de certains. Du moment où la FIFA et les clubs ont obtenu gain de cause, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Josiane R. MATIA »

