
« Je suis dépité, dépité complètement », répète inlassablement, les yeux rougis de colère, les mains tremblantes, Nicolas Maître, propriétaire d’une maison au numéro 21, quai du Port-Rhu à Douarnenez. Dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 décembre 2025, une importante partie de la falaise s’est écroulée sur son habitation, engendrant de très gros dégâts. Des tonnes de terre et de pierres ont déboulé, à l’arrière, du toit jusqu’au rez-de-chaussée détruisant tout sur leur passage.
« La chronique était annoncée »
Lui et sa famille n’y vivaient plus car sa propriété faisait déjà partie de l’arrêté de péril émis à la suite d’un premier gros éboulement, en janvier 2025. Ils ont été avertis de la catastrophe à 7 h du matin. Ce samedi, Jocelyne Poitevin s’est rendue sur place. « La chronique était annoncée. L’importance des pluies de ces derniers jours a encore fragilisé la falaise. Une partie était déjà tombée la nuit d’avant. Il y a des roches et de la terre qui ne tiennent qu’à un fil : ça va encore tomber », résume-t-elle.
Un nouvel arrêté de péril va être rapidement émis car le précédent n’incluait pas le numéro 23, qui a cette fois été impacté. « C’est tombé à l’arrière sur la terrasse. Nous allons faire en sorte que l’activité professionnelle puisse se faire tout de même car le magasin se trouve dans la partie avant qui n’est pas menacée », indique-t-elle pendant que les pompiers s’affairent à délimiter la zone.
« Ça fait onze mois que je dis qu’on va tout se prendre sur la gueule »
Lundi, à 14 h, un expert se rendra sur place afin d’agrandir le périmètre d’expertise. Ironie du sort, un protocole d’accord pour mise en œuvre des travaux d’urgence avait été voté ce jeudi 18 décembre, en conseil municipal. Protocole qui va dorénavant inclure les numéros 21 et 23.
Ça fait onze mois que je dis qu’on va tout se prendre sur la gueule. Il n’y a rien qui se passe. On attend des morts ?
En effet, à la suite d’une saisine de la Ville, le tribunal de Quimper avait ordonné à la propriétaire du mur et à son assureur, Axa, d’engager les travaux d’urgence pour consolider le mur et réparer les habitations situées aux 17A et 19. Ce que ce dernier a accepté. Initialement estimés à 550 000 € par le cabinet Géolithe, ces travaux, réévalués à 117 000 €, vont, pour le coup, augmenter drastiquement avec ce nouveau sinistre. « Ça fait onze mois que je dis qu’on va tout se prendre sur la gueule. Il n’y a rien qui se passe. Maintenant ça y est ! Et ça va encore tomber, il y a juste les arbres qui retiennent de gros cailloux. On sait que le problème concerne de la rue Jean-Barré jusqu’aux escaliers du pont. Et quoi ? On attend des morts ? J’ai un crédit sur cette maison et je paie un loyer à Plonévez-Porzay par ce que je ne peux pas y habiter. Je ne repasse pas l’année 2026 pareil », fulmine Nicolas Maître.
En attendant les conclusions de l’expertise annoncée, les riverains restent suspendus à ces décisions urgentes, entre inquiétude croissante, lenteurs administratives et sentiment d’abandon face à un danger bien réel.