Ancien métronome des Lions Indomptables et fin connaisseur des exigences du très haut niveau européen, Alexandre Song n’a pas mâché ses mots au moment d’évoquer le jeu de Carlos Baleba.
Entre bienveillance fraternelle et analyse technique sans concession, l’ex-milieu d’Arsenal livre des conseils précieux à l’un des talents les plus prometteurs du football camerounais.
« Si je parle de Baleba, mon petit frère… ». D’entrée, le ton est donné. Song parle avec l’autorité de l’expérience, celle d’un joueur qui a occupé le poste devant la défense pendant près de quinze ans au plus haut niveau. Et pour lui, il n’y a aucun doute : ce rôle obéit à des règles strictes.
Selon Song, le principal danger pour Baleba aujourd’hui réside dans l’utilisation excessive du ballon devant la défense. « À ce poste, on doit jouer en une ou deux touches, éliminer par la passe et non par le dribble », insiste-t-il. Une référence s’impose naturellement : Sergio Busquets. Non pas pour la comparaison flatteuse, mais pour illustrer une philosophie claire. « C’est le ballon qui doit aller vite. Tu casses les lignes, tu dictes le jeu. Si tu dors avec le ballon, le jeu dort. »
Le message est limpide. Baleba a de la technique, personne ne le nie. Mais dans une zone aussi sensible du terrain, chaque prise de risque inutile peut être fatale. « S’il garde trop le ballon devant la défense, il risque de le perdre sous pressing et d’offrir une occasion directe à l’adversaire », prévient Song. En Europe, rappelle-t-il, la pitié n’existe pas. Les équipes ciblent immédiatement les joueurs en difficulté balle au pied.
L’ancien Gunner va même plus loin en partageant une anecdote tactique révélatrice : « À Arsenal, lorsqu’un défenseur adverse était faible balle au pied, on le laissait recevoir la balle, puis on le pressait à deux pour récupérer et marquer. » Une leçon brutale mais réaliste sur la cruauté du football de haut niveau.
Pour autant, Alexandre Song ne ferme aucune porte à Baleba. Au contraire. Il voit en lui un potentiel redoutable, à condition de l’exploiter au bon endroit. « En relayeur, avec sa puissance et sa capacité à percer balle au pied, il serait une bombe », affirme-t-il. Un rôle plus libre, plus dynamique, où ses qualités athlétiques et offensives feraient des ravages sans exposer inutilement l’équipe.
La mise en garde finale est sans ambiguïté : « S’il insiste à jouer devant la défense comme actuellement, les critiques vont continuer. » Et Song conclut avec la légitimité du vécu : « Je sais de quoi je parle. Devant la défense, ce sont une ou deux touches, trois maximum. Ne garde pas le ballon, ne dribble pas. »
Un message fort, venant d’un aîné qui connaît les pièges du poste et les exigences du football européen. À Carlos Baleba désormais de transformer ces paroles en progression concrète, pour que son immense potentiel s’exprime pleinement… au bon endroit et au bon rythme.

