in

Une propriétaire a-t-elle été condamnée suite à la plainte d’un squatteur car elle n’avait pas installé le chauffage ?

Une propriétaire a-t-elle été condamnée suite à la plainte d’un squatteur car elle n’avait pas installé le chauffage ?

Une justice laxiste ? Des juges complices des squatteurs ? Un système qui « marche sur la tête » ? C’est ce que suggère cette vidéo TikTok vue par 542.000 internautes et qui porte le titre « INCROYABLE : Elle doit verser de l’argent à son squatteur car elle n’a pas installé de chauffage dans sa maison… et qu’il a eu froid ! » Sur les images, l’interview d’une femme visiblement épuisée, Karine Lellouche, qui explique avoir été condamnée à un an de prison avec sursis et à régler 1.200 euros de dommages et intérêts à sa victime qui, selon la journaliste qui réalise l’entretien, aurait été « gênée dans son squat ». Mme Lellouche précise ensuite : « Ce qu’il me reproche, c’est que, dans la maison, il n’y avait pas de chauffage et qu’il avait froid. C’est la demande qui a été faite. »

Une interview choc tirée d’un média d’extrême droite.
Une interview choc tirée d’un média d’extrême droite. - TikTok

La suite de l’interview révèle d’autres informations, qui donnent un tout autre éclairage sur cette affaire, mais, avant d’y revenir, penchons-nous quelques instants sur les nombreux commentaires : « Bientôt ils vont demander de remplir le frigo aux propriétaires », « Il ne fallait pas voter Macron et la gauche. Voilà le résultat », « C’est surréaliste que des juges puissent juger cela. Comment peuvent-ils prendre en compte cette demande ? C’est scandaleux », « Mais pourquoi s’embêter à payer un loyer en fait ? Suffit de squatter. En plus, il se fait du fric ! » Et lorsqu’un internaute soulève le fait que, selon lui, « il manque des informations sur cette affaire », l’auteur de la chaîne TikTok « Rage Against The Macron » répond : « Non, non, c’est bien la loi : si vous vous faites squatter, vous dormirez dehors et vous avez obligation de veiller à ce que votre squatteur soit bien chauffé, à vos frais, bien sûr. Et s’il ne se sent pas bien chez vous, qu’il a froid ou autre, vous serez condamné. C’est incroyable, mais c’est la justice française. »

À lire aussi  « Déj en terrasse » et « heure de pointe », pourquoi Marseille s’incruste dans le métro parisien ?

On vérifie ?

FAKE OFF

D’où vient cet entretien ?

Cette vidéo ne trouve pas son origine sur TikTok, mais sur Tocsin, un média d’ultradroite souvent critiqué pour son radicalisme et la propagation d’infox ou de théories complotistes. Le laxisme d’un État et d’une justice qui seraient du côté des voyous au détriment des honnêtes gens est un narratif récurrent des courants d’extrême droite, quitte à déformer la réalité, car, en fait, la condamnation dont a fait l’objet Mme Lellouche n’a rien à voir avec une histoire de chauffage.

Des faits de violences aggravées

L’internaute cité plus haut a vu juste en suggérant qu’il « manquait des informations ». Il suffit d’ailleurs de regarder l’intégralité de l’entretien pour comprendre que cette propriétaire n’a pas été accusée d’un défaut de chauffage, mais d’autre chose. Ce n’est pas l’information mise en avant par Tocsin ni par la chaîne TikTok qui a partagé ce contenu, mais, comme l’expliquait 20 Minutes, Mme Lellouche, s’est retrouvée au tribunal pour avoir tenté de se faire justice elle-même : face à des procédures jugées trop longues, elle a fait appel à deux individus, rémunérés 5.000 euros, pour expulser son squatteur par la force. Bilan de l’opération selon le parquet de Bordeaux : « des faits de violences aggravées par trois circonstances (usage ou menace d’une arme, réunion et préméditation/guet-apens) suivies d’incapacité n’excédant pas huit jours ». Et si, dans cet entretien, Mme Lellouche se pose presque exclusivement en victime, elle a fait preuve de plus de prudence dans d’autres déclarations. Auprès de TF1, elle affirmait par exemple : « Bien sûr, j’ai fait une bêtise, je la paye et je l’assume. Mais il y a un peu d’amertume quand même dans tout ça. Parce que pour moi, je suis la victime. » Et de fait, Mme Lellouche était bien la victime… avant de violer à son tour la loi.

Un squatteur peut-il exiger d’être chauffé ?

Comme l’expliquent nos confrères du Monde à propos d’une autre affaire, un propriétaire n’a nulle obligation de fournir du chauffage ou quelque autre prestation à des squatteurs. L’auteur de la chaîne « Rage Against The Macron » commet donc un mensonge éhonté lorsqu’il affirme le contraire à ses followers…

Par contre, la loi est claire sur un point : l’expulsion d’un squatteur doit passer par la voie légale et un propriétaire ne peut en aucun cas se faire justice lui-même, a fortiori en faisant usage de violence (à la rigueur, il est envisageable de « squatter son squatteur », mais les juristes n’encouragent pas cette pratique). Indéniablement, les procédures d’expulsion sont souvent longues et fastidieuses, quoique généralement plus simples lorsque l’occupation des lieux est dès le départ illégitime. Confrontée à la nécessité de vendre sa maison dans le cadre d’une succession, Karine Lellouche s’est retrouvée dans une situation d’urgence aux conséquences économiques certes dramatiques, puisque le prix du bien a été lourdement impacté par la présence du squatteur. Cela dit, et contrairement à ce qu’elle laisse entendre en déplorant « l’inactivité de la justice, de l’administration, du préfet, de la gendarmerie », sa procédure d’expulsion aurait indiscutablement fini par aboutir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le corps d’un homme retrouvé dans une voiture à Rennes

Le corps d’un homme retrouvé dans une voiture à Rennes

Des jeunes de Fribourg ont un accident mortel : critique de Kreisel

Des jeunes de Fribourg ont un accident mortel : critique de Kreisel