
La Ville de Vannes a suspendu l’un des agents de sa régie des droits de place après un signalement de détournement de fonds publics – précisément 16 748 €, comme nous l’évoquions dans l’édition de mardi 18 novembre. La Ville a déposé une plainte. C’est ce qu’on apprend dans le rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion de la Ville, rendu public lundi soir après avoir été examiné en conseil municipal. Selon nos sources, le régisseur a été suspendu en 2025, après un audit de la Direction départementale des finances publiques diligenté en septembre 2024.
Passagers et sédentaires, pas la même méthode
« Je ne vois pas comment un détournement est possible, ou alors ce sont des bakchichs pour avoir un meilleur emplacement », s’interrogeait un commerçant, occupé à replier son barnum sur le marché de Vannes, ce mercredi. Comme tous les commerçants sédentaires, il est abonné à l’année, et règle ses droits de place tous les trimestres au Trésor public. Les commerçants qui viennent ponctuellement, eux, paient au coup par coup. Les sédentaires les appellent les « passagers », très présents en été, bien plus rares en hiver.
Entre 2019 et 2023, 88 % des droits de places sur les marchés du centre de Vannes, de Ménimur, de Conleau-Cliscouët et sur la fête foraine, ont été encaissés en liquide, notent les magistrats de la CRC. La Ville explique que ce chiffre reste élevé « en raison de la persistance du paiement en numéraire par les commerçants non sédentaires ». Ce mercredi, une « passagère », qui privilégie la carte bancaire faisait son tout premier marché à Vannes. « C’est vrai que sur tous les marchés de France on peut payer par carte bancaire, chèque – et toujours en liquide, souligne-t-elle, mais le placier nous donne un reçu en échange ».
Un détournement sur des années ?
Place des Lices, ce mercredi, c’était la somme détournée, près de 17 000 €, qui intriguait, vu les montants des droits de place. « Je viens deux fois par semaine, le mercredi et le samedi, je paie un abonnement tous les trois mois, 134 € par trimestre, explique une marchande de chaussures. Le gars qui a détourné des fonds, il n’a pas pu faire ça sur une année, ça a dû lui prendre des années ».
Dans son rapport, la CRC parle de « dysfonctionnements ainsi que de l’insuffisance des contrôles diligentés », entre autres sur les paiements en liquide, et sur « les opérations effectuées par les régisseurs ». Mais elle note que la Ville de Vannes a rectifié le tir. « Une décision du maire, du 8 juillet 2025, d’étendre les modes de règlement (carte bancaire, virement par CB, prélèvement automatique, Payfip) » illustre « la volonté de la commune de réduire les risques liés aux paiements en numéraire ».
Manque de transparence versus « enquête en cours »
Lundi soir, en séance du conseil municipal, Guillaume Auffret, élu d’opposition du groupe Vannes pour tous, a demandé plus de transparence. « Cela aurait été utile que le conseil municipal soit informé plus précisément de ce qui s’est passé », a-t-il estimé. David Robo s’est limité à répondre : « Nos services seront à votre disposition pour vous donner les informations confidentielles parce que des enquêtes sont en cours. C‘est délicat d’en parler publiquement. Un jugement devrait être rendu pour cette affaire au moment des élections ».