« Vous avez une scène caractéristique de ce qui se passe rue Saint-Michel, à Rennes, la nuit. Sauf que là, vous avez une circonstance particulière, avec une victime qui est une policière », estime la procureure. Ce mercredi 12 novembre 2025, devant le tribunal correctionnel de Rennes, une affaire peu ordinaire est jugée.
Tout commence fin février. Une fonctionnaire de police de 31 ans dépose plainte au commissariat. Elle explique que, le 27 février, en rentrant vers sa voiture après une soirée dans le centre de Rennes, elle est reconnue par un groupe de personnes. Traitée de « sale keuf », elle est dépouillée de ses affaires. Sa carte professionnelle est exhibée sur la place publique. Ses clefs de voiture et son porte-monnaie sont dérobés. Suite à ses déclarations, un procès-verbal est dressé. L’enquête démarre. En analysant les images de caméras de surveillance, ses collègues comprennent que les déclarations de la victime ne collent pas.
Reconnue par une ancienne prévenue
De nouveau entendue, elle reconnaît finalement qu’elle était venue, rue Saint-Michel, avec un ami avec qui elle passait la soirée et qui voulait acheter de la cocaïne. Sur les vidéos, on la voit bras dessus bras dessous avec un homme qui pourrait être un vendeur de drogues. « C’est à ce moment-là qu’elle a été reconnue par une ancienne prévenue qu’elle a entendue dans le cadre d’une affaire », explique la présidente du tribunal. « À aucun moment, on voit si la transaction a eu lieu ou pas », glisse Camille Étienne, l’avocate de la policière.
Dépouillée de ses affaires, alcoolisée et dorénavant seule, la fonctionnaire de police ne quitte pas pour autant le quartier. Pendant plusieurs heures, elle reste dans le secteur. Objectif : récupérer ses affaires. Au gré des rencontres, les discussions s’enveniment. Rouée de coups, elle se voit prescrire 14 jours d’ITT. Transformés par la suite en 40 jours, étant donné le grave retentissement psychologique.
« Je lui ai mis une claque et un coup de pied »
À l’audience, la policière est absente. « C’est trop compliqué pour elle d’être confrontée aux protagonistes. Ce soir-là, elle a vraiment craint pour sa vie », argue son avocate, Camille Étienne. La procureure souligne, à de nombreuses reprises, qu’elle « regrette » cette absence qui donne l’occasion aux trois accusés de balayer leur responsabilité. « Elle raconte n’importe quoi, je ne l’ai pas rouée de coups, je lui ai mis une claque et un coup de pied après qu’elle m’a frappé car j’avais ses clefs de voiture », explique Lorenzo Pereira. Ce jeune homme de 22 ans, aux cheveux longs, est incarcéré depuis avril pour une autre cause : une tentative de meurtre en bande organisée.
Retraits dans les distributeurs de billets
À ses côtés, Cheikh Samb, 48 ans. Avec ses 25 mentions au casier judiciaire, lui est aussi détenu pour avoir éclaté une bouteille sur le crâne d’un homme afin de lui dérober son téléphone portable. « Avec de l’alcool, je peux être violent », reconnaît le quadragénaire qui a été formellement identifié comme utilisateur de la carte bancaire de la policière. « Et les retraits dans les distributeurs de billets ? », questionne la procureure. « Je ne me rappelle plus. » Deux des trois prévenus admettent des violences mais contestent avoir volé la victime. Un autre nie toute violence ou vol mais reconnaît que les papiers de la policière ont été retrouvés à son domicile. Un seul reconnaît qu’il avait connaissance de la qualité de fonctionnaire de police de la victime.
Sentiment de culpabilité
Les avocats s’en donnent à cœur joie. « Comment établir la vérité dans cette affaire ? La policière a menti longtemps et jusqu’au bout, souffle Stéphanie Peltier, une des avocates de la défense. Votre tribunal n’a pas les moyens d’entrer en voie de condamnation pour de l’extorsion sous la menace d’un couteau. Rien ne l’établit dans la procédure. » Camille Étienne, avocate de la policière, ajoute : « Ma cliente a un sentiment de culpabilité mais rien ne justifie l’agression et le vol dont elle a été victime ».
Le tribunal condamne les trois prévenus. Un premier écope de quatre mois d’emprisonnement. Les deux autres sont condamnés à douze mois avec maintien en détention. Quant à la policière, longtemps en arrêt maladie, elle vient de reprendre son travail en temps partiel.

