Dahbia Benkired, accusée d’avoir violé, torturé et tué Lola Daviet, 12 ans, le 14 octobre 2022, ne souffre pas « de trouble psychique qui aurait aboli ou altéré son discernement » et peut donc être jugée et condamnée, ont estimé, ce jeudi, trois experts psychiatres devant la cour d’assises de Paris.
Au cinquième jour d’un procès dont les seules déclarations de l’accusée peinent à donner des clés d’explication au crime, les spécialistes de la psyché ont tenté d’éclaircir motivations et passage à l’acte.
À la barre, les médecins ont exclu « toute pathologie psychiatrique » de Dahbia Benkired, « pas d’éléments psychopathologiques déresponsabilisants », « pas d’élément en lien avec la psychose, pas de trouble de l’humeur, pas de trouble anxieux ».
« L’autre est perçu comme un objet : on prend, on casse, on jette »
« Au contraire », d’une intelligence « normale », elle se montre « dans la domination et la maîtrise de l’instant, comme on en rencontre peu chez une femme », note une première psychiatre, « comme si, dans son discours, elle parsemait des indices et que c’était à nous de reconstituer le puzzle ». « Quand on sortait des entretiens, on avait à la fois la satisfaction de l’échange et un sentiment de malaise : on n’en retenait rien », poursuit-elle.
« Chez elle, l’autre n’a pas une altérité propre, mais est perçu comme un objet : on prend, on casse, on jette », décrit encore l’experte qui, « en quinze ans de carrière », n’a jamais éprouvé ce « sentiment de malaise, qui prend à la gorge » et relève de la « perversité structurelle ».
Mais si le crime semble « fou », son auteur ne l’est pas nécessairement, insiste la spécialiste. « Quand un acte dépasse l’entendement, on aurait tendance à s’en référer à la folie d’une personne qui n’a plus sa raison et est gouvernée par un trouble mental ». « Or », poursuit-elle, « il existe des personnes qui n’ont pas de troubles mentaux » mais qui passent à l’acte « sans que ça relève du champ de la psychose, de la paranoïa, de la schizophrénie… Ça arrive. »
– Médiatisation –
Pourquoi, dès lors, et comment Dahbia Benkired a-t-elle pu attirer, séquestrer, violer, torturer et tuer la collégienne dans cet appartement du XIXe arrondissement de Paris ?
« Je pense que la motivation est avant tout sexuelle ; avec quelque chose qui aurait pu faire écho à un traumatisme très infantile dont elle n’aurait pas pleinement conscience, pour ensuite engendrer le décès de cette enfant », répond la psychiatre.
Des propos glaçants tenus aux experts
Alors que l’accusée encourt la réclusion criminelle à perpétuité, au terme d’un verdict attendu vendredi, la médecin se montre sceptique sur l’avenir : « Il est toujours important de tenter d’éveiller un intérêt pour les soins mais, au regard de sa structuration, le risque est qu’elle soit dans la perversion du lien avec un thérapeute ».
Dans leurs rapports, les experts ont relevé les propos parfois glaçants que l’accusée a pu tenir lors de leurs entretiens : « C’est la première fois que vous voyez un cas comme ça ? » ou, à propos du crime, « J’ai compris que ça m’avait fait du bien ».
Dans la salle d’audience, la famille de Lola est en pleurs. Et plus encore lorsque le deuxième expert explique qu’il n’a relevé chez Dahbia Benkired « aucune empathie pour la victime et sa famille », mais qu’elle était « très préoccupée par sa situation judiciaire », en déplorant que « personne ne se mette à (sa) place ».
Au-delà des trois experts, « six à huit médecins » ont examiné l’accusée lors de l’instruction, « avec des avis tout à fait convergents », notent-ils encore.
Et, glisse le troisième psychiatre, « notre connaissance médiatique de l’affaire nous orientait plutôt vers une abolition du discernement ». Leurs conclusions sont finalement contraires à leur intuition première.
La médiatisation du crime ? Les experts pensent précisément que l’accusée a pu « s’en nourrir », mettant en avant son « narcissisme » aigu.
Les réquisitions et le verdict sont attendus vendredi.