Mickaël Sousseing n’avait rien à perdre. Il y a un peu plus d’un an, la cour d’assises du Finistère, réunie à Quimper, l’avait condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Yoann L’Abbé, soit le maximum encouru pour un homicide. Espérant obtenir une peine plus proche des 20 ans requis à l’époque par l’avocat général, le Brestois a fait appel. L’affaire a donc été rejugée, du vendredi 6 mars au mardi 10 mars, devant la cour d’assises des Côtes-d’Armor.
Ses avocats ont de nouveau plaidé l’absence d’intention de tuer. Ils ont également tenté de semer le doute sur le rôle de Didier Stephan, co-accusé qui, lui, n’avait pas contesté sa condamnation à cinq ans de prison pour non-assistance à personne en danger.
Une nuit de violence dans un appartement de Bellevue
Les faits remontent à la nuit du 18 au 19 février 2022. Deux Brestois, aujourd’hui âgés de 45 et 41 ans, se trouvent dans l’appartement de Yoann L’Abbé, dans le quartier de Bellevue. Alcool, cannabis, cocaïne : la soirée est marquée par une consommation massive. Les trois hommes évoluent dans le milieu brestois des stups, où addictions et violences rythment souvent leur quotidien.
Une dispute éclate pour un motif futile. Mickaël Sousseing prend rapidement le dessus. Selon le récit de Didier Stephan, une première « droite monumentale » atteint la victime, avant un déchaînement mortel de coups de poing et de coups de pied. L’accusé aurait également utilisé une clé à douille. Les médecins légistes décriront des blessures comparables à celles observées après « un accident de la voie publique ». Comble de l’horreur, un billet de 50 euros est subtilisé dans la poche de la victime agonisante, peut-être déjà morte.
Une personnalité décrite comme violente
Ce mardi 10 mars, au dernier jour du procès en appel, Me Bertrand Labat, avocat de la famille, a dénoncé « le déchirement » d’une famille contrainte de revivre les faits face à « un accusé qui n’assume pas sa responsabilité ».
L’avocat a de nouveau insisté sur la dangerosité de Mickaël Sousseing, rappelant son lourd passé judiciaire. Plusieurs anciennes compagnes ont notamment évoqué des violences physiques et sexuelles. Même en détention, son comportement est resté inquiétant : des sanctions disciplinaires ont été prononcées pour vols et une agression sur une surveillante. « Il demande une réduction de peine alors qu’il n’est pas capable de respecter la loi en prison. »
Cela ne mérite pas 30 ans pour l’avocat général
Pour l’avocat général, Stéphane Cantero, le meurtre – et dont l’intention de tuer – ne fait guère de doute. « C’est un massacre », a-t-il affirmé, évoquant « du sang partout dans l’appartement ». « On a voulu le détruire. »
Le magistrat considère toutefois qu’une peine de 30 ans serait excessive. « Ce n’est pas un dossier à perpétuité », contrairement aux affaires Nathalie Perroux ou Tony Meilhon, qu’il a cité. Il a finalement requis 25 ans de réclusion criminelle.
La défense tente d’instiller le doute
De son côté, la défense a appelé les jurés à « examiner toutes les hypothèses ». Par rapport au premier procès, Me Valérian Meunier a avancé un élément nouveau autour de la clé à douille, utilisée comme une arme. « Elle trouvait dans une boîte à outils rangée dans une chambre, alors que les traces de pas ensanglantées qui y mènent ne sont pas celles de l’accusé », a-t-il défendu, laissant entendre que Didier Stephan pourrait avoir participé aux violences.
Une stratégie payante : la cour a finalement condamné Mickaël Sousseing à 23 ans de réclusion criminelle, une peine bien inférieure à celle prononcée en première instance. Suite au verdict, le désarroi dominait chez la famille de Yoann L’Abbé. « Il a joué, il a gagné », a-t-on pu entendre.