Peut-on réellement avoir le coup de foudre deux fois pour la même personne ? Pour Laura Faganello, la réponse n’a rien d’une comédie romantique hollywoodienne, mais relève d’un véritable combat thérapeutique et émotionnel. Victime d’un terrible traumatisme crânien, cette jeune femme a vu des pans entiers de sa mémoire s’effacer d’un coup, y compris le souvenir de l’homme qu’elle avait épousé deux ans plus tôt. Pourtant, face au vide, le couple a pris une décision folle : tout recommencer depuis le premier rendez-vous.
Le jour où tout a basculé dans le brouillard
Laura et Brayden Faganello s’étaient dit « oui » le 14 juillet 2016 au temple mormon de Vancouver, au Canada. Ils menaient la vie classique de jeunes mariés quand, à peine neuf mois plus tard, le destin a brutalement déraillé. Le 27 avril 2017, alors que Laura aide à installer un événement professionnel, le vent violent arrache un lourd poteau de tente mal fixé. La structure s’effondre directement sur sa tête.
« J’ai encore en mémoire le bruit que ça a fait quand ça a frappé ma tête », confie Laura Faganello. « Je me souviens encore de ce que j’ai ressenti. J’en fais encore des cauchemars. Après cela, tout le monde agitait les mains devant mes yeux et me disait de ne pas pleurer. C’est là que le brouillard a commencé à s’installer. »
Perdue sur le site, l’esprit embrumé, elle cherche désespérément à joindre ses parents pour qu’ils viennent la chercher. Elle oublie complètement qu’ils ont déménagé en Belgique trois ans auparavant. Quand son téléphone vibre, affichant un message de Brayden qui prend de ses nouvelles, c’est l’incompréhension totale. Elle ignore qu’elle a un mari. En état de choc, elle tape simplement : « J’ai reçu un coup sur la tête. »
À dix minutes de là, Brayden travaille sur un chantier. Sous le choc du message, il lâche ses outils et fonce la retrouver. Ce qu’il découvre sur place l’effraie : une jeune femme au regard totalement vide, respirant trop vite, au bord des larmes. Il la ramène immédiatement à la maison pour qu’elle se repose. Pendant les deux semaines suivantes, Laura ne fait presque rien d’autre que dormir. Une période dont elle n’a aujourd’hui aucun souvenir.
Se réveiller à 17 ans dans un corps de femme mariée
Le véritable choc psychologique survient quinze jours plus tard. Laura ouvre les yeux dans son lit. Un homme installé à côté d’elle lui lance un « bonjour » amical et quotidien. Problème : elle n’a absolument aucune idée de qui il s’agit. Prise de vertiges et de nausées, elle se lève en urgence pour aller aux toilettes.
« En allant à la salle de bains, je me souviens avoir vu notre album de mariage sur la table et notre linge tout mélangé, et j’étais tellement confuse », raconte Laura Faganello. « Dans mon cerveau, j’avais 17 ans et j’étais au lycée. J’avais des examens à réviser. Je ne pouvais pas concevoir le fait que j’étais mariée et que je vivais au Canada. »
Les jours suivants virent au cauchemar éveillé. La nuit, Laura se réveille parfois en hurlant de terreur, paniquée de voir un inconnu dormir dans sa chambre. Après plusieurs allers-retours aux urgences, les médecins posent le diagnostic d’une commotion cérébrale sévère. La consigne ? Rentrer chez soi et se reposer. Mais comment décompresser quand on partage son intimité avec un homme dont on a tout oublié ?
Pour tenter de s’en sortir, le couple fait appel quinze mois plus tard à une spécialiste, la docteure Kate Brookfield. Pour cette chiropraticienne, le cas de Laura sort clairement des sentiers battus. Interrogée sur cette situation hors norme, elle explique : « Les commotions cérébrales peuvent survenir de différentes manières et impliquent généralement un traumatisme à la tête, comme une blessure sportive, un accident de voiture ou un coup à la tête comme dans le cas de Laura. Les réponses subjectives et objectives de chaque patient peuvent être très différentes, ce qui peut rendre les commotions difficiles à traiter. Chaque commotion est différente, et elle affecte chaque patient différemment. »
Grâce à des exercices ciblés, la praticienne aide la jeune femme à rééduquer son système neurophysiologique pour gérer les tâches du quotidien. « Laura était très positive et impatiente de guérir, et sa détermination s’est soldée par un succès », ajoute le médecin.
Le choix de tout reconstruire : repartir de zéro
Malgré ces petits progrès, Laura finit par toucher le fond. Elle fait face à une profonde dépression, se sentant prisonnière d’une vie et de choix qu’elle ne se rappelle pas avoir faits. Porter l’alliance d’un inconnu devient un poids insupportable.
« J’ai dit à Brayden que je ne pouvais plus rester dans un mariage dans lequel je ne me souvenais pas m’être engagée », explique Laura Faganello. « Soit nous devions nous engager à rester ensemble, soit nous devions nous séparer. En janvier, nous avons décidé de recommencer à sortir ensemble. Nous sommes d’abord devenus de meilleurs amis, puis nous avons fait toutes les choses douces que font les gens quand ils ont le béguin pour l’autre. »
Leur premier « nouveau » rendez-vous ? Une simple partie de mini-golf. Au début, la gêne est palpable. Laura enchaîne les blagues pour masquer son stress et essayer de paraître drôle. Mais au fil des trous, la complicité renaît naturellement. Les rires remplacent la gêne.
Pour les proches, reconstruire cette relation s’avère tout aussi déroutant. Rachel Watters, une amie proche de Laura, se souvient du choc de voir que cette dernière ne reconnaissait plus sa propre maison ni les moments partagés ensemble. Il a fallu recréer des liens à partir de rien. Quand Brayden évoquait un souvenir commun, Laura l’écoutait avec attention, comme si on lui racontait l’histoire d’une parfaite étrangère. Rachel salue d’ailleurs l’attitude exemplaire du mari : « Brayden en particulier était si patient, aimant et gentil. »
À force de patience et de rendez-vous galants, les sentiments amoureux se réinstallent pour de bon. Le 19 août, estimant que Laura est devenue une personne dont il ne peut plus se séparer, Brayden franchit à nouveau le pas et la demande en mariage pour la seconde fois. Elle dit oui, prête à sceller cette nouvelle vie.
La foi comme ancrage face à la perte d’identité
Au-delà des soins médicaux, le couple attribue une immense part de sa reconstruction à sa foi chrétienne. Pour Brayden, les promesses faites au temple allaient bien au-delà d’un simple contrat civil.
« Je sais que nos vœux étaient plus que de simples vœux terrestres », confie Brayden Faganello. « Je savais l’importance éternelle de l’engagement que nous avions pris l’un envers l’autre. À travers les moments difficiles, je m’y suis accroché très chèrement. »
La pratique religieuse n’a pourtant pas été simple au début de la convalescence. Le bruit dans la chapelle, le mouvement de la foule et les grésillements du micro saturaient le cerveau de Laura, l’obligeant souvent à rentrer chez elle juste après la Sainte-Cène. Pourtant, sa foi est restée son unique repère stable dans une période où elle avait tout perdu : sa mémoire, sa capacité à lire, à parler correctement ou à marcher sur de longues distances.
« La raison pour laquelle nous sommes toujours ensemble est due à nos efforts pour ressembler davantage au Christ », affirme Laura Faganello. « Nous étions tous les deux un peu rudes l’un envers l’autre avant que l’accident ne se produise. Nous avions les disputes typiques des nouveaux couples, et nous n’étions pas patients l’un envers l’autre. En étudiant nos Écritures ensemble après l’accident, nous avons appliqué chaque leçon dans nos vies. »
Cette épreuve a profondément transformé la perception qu’avait Laura de la guérison et de la résilience, face aux interrogations parfois maladroites de son entourage.
« Un jour, quelqu’un m’a demandé : “N’as-tu pas prié pour être guérie ? Peut-être que tu n’as pas la foi suffisante pour être guérie si tu ne l’es pas encore” », se rappelle Laura Faganello. « Cela m’a touchée très profondément. Parce que de toutes les choses auxquelles j’accorde le plus de valeur, mon témoignage est la numéro 1. Penser au fait que j’avais tout perdu : ma capacité à parler, à lire, à marcher loin, mes souvenirs — tout. J’ai tout perdu, mais je n’ai jamais perdu mon témoignage. »
Pour elle, cette épreuve lui a paradoxalement permis de comprendre que la foi ne se résume pas à obtenir un miracle immédiat, mais implique d’accepter le calendrier divin.
« Même si quelque chose n’arrive pas pile quand vous le voulez, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas conscient de vous », confie Laura Faganello. « Je sais que Dieu est conscient de moi. Je sais qu’il a vu chaque larme. Il a écouté chaque prière. »
