Sept ans sans album. Un pari audacieux de reprendre exactement là où Confessions On A Dancefloor avait cartonné en 2005. Et une prise de risque encore plus grande : tout dire. Sur son tout nouvel album Confessions II, Madonna, 67 ans, ne recule devant rien et livre l’un des disques les plus personnels de sa carrière.
Sean Penn, cible principale du titre Bizarre
La chanson la plus mordante de l’album s’appelle Bizarre. Elle vise Sean Penn, 65 ans, qu’elle a épousé en 1985 et quitté en 1989. Madonna fait référence à la Shelby GT500 cabriolet de 1968 qu’elle lui avait offerte comme cadeau de mariage, et à sa condamnation pour conduite imprudente en 1987.
Les paroles sont sans détour. Elle chante : « L’amour est la chose la plus étrange. Juste quand tu penses l’avoir enfin laissé partir, il revient vers toi. Star de cinéma, yeux bleu profond. À Hollywood, nous sommes un trophée parfait. Il conduisait beaucoup trop vite, la Shelby Cobra n’était pas faite pour durer. »
Plus loin, la chanteuse hausse le ton : « Dérouler le tapis rouge pour nous, mais tu ne le partages pas. Tout ça parce que tu es menacé par moi, tu ne l’admettras jamais. Les petites choses que tu fais ne me donnent pas envie de toi. Qui aurait su que l’amour pouvait être si bizarre ? » Et dans un couplet ultérieur : « Je sais que je t’ai laissé derrière moi et tu m’en veux. Mille raisons pour lesquelles tu n’aurais jamais pu m’avoir. L’idée d’être avec toi est tellement indécente. Je suppose que tu ne connaîtras jamais mon petit secret honteux. »
La production est signée Martin Garrix. Des cordes, des touches d’EDM, et une mélodie qui donne envie de lever les bras.
Betrayal : sa belle-mère Joan, la femme qui « l’a réduite en esclavage »
Si Penn prend sa part, il n’est pas le seul visé. Le titre Betrayal semble directement adressé à Joan, la belle-mère de Madonna, décédée en 2024 pendant l’enregistrement de l’album. La chanteuse n’a pas assisté à son enterrement.
Madonna a perdu sa mère à 5 ans d’un cancer du sein. Trois ans plus tard, en 1966, son père Silvio épousait Joan, ancienne femme de ménage de la famille. Des décennies de ressentiment condensées en quelques vers.
Elle chante : « Ceci est une histoire de trahison. Tu ne pouvais pas voir ta propre chute. Alors prends le marteau, enfonce le clou. Tu ne prendras jamais la place de ma mère. » Et plus loin : « Tu m’as trahie, tu m’as réduite en esclavage. »
The Test : la réconciliation avec Lourdes, en chanson
L’album montre aussi un autre visage de Madonna. Sur The Test, elle invite sa fille Lourdes, 29 ans, à chanter avec elle pour tenter de soigner une relation compliquée.
Madonna reconnaît l’avoir mise sous les feux des projecteurs sans qu’elle le demande : « Petite étoile, j’ai essayé de te mettre sur un piédestal, tu n’as pas demandé tous ces flashs. Je n’ai pas pensé à comment nous pourrions te déranger, ni comment ça faisait mal. J’aurais aimé savoir la douleur que je causais. » Et elle ajoute : « Parfois je pense que tu aimerais que je disparaisse, mais l’ombre reste, et il est normal d’être toi-même. »
Après le passage à vide de 2023, quand Madonna avait été retrouvée sans connaissance dans son appartement new-yorkais et placée dans le coma après une septicémie, c’est Lourdes qui était restée à son chevet. La chanteuse le reconnaît : « Tu m’as rendue entière quand j’étais brisée. J’espère et prie de pouvoir faire de même pour toi. »
Lourdes répond à sa façon : « Tu es ma raison d’être, ce que je veux ou ressemble, ce que je porte, tous les vêtements sur mon dos, et ce que j’attire. Je trace la ligne de ce que tu as cousu. Je garde mon propre design. J’en fais un paysage. Je lui donne vie. »
Fragile : Christopher, le frère perdu en octobre 2024
Christopher Ciccone, frère de Madonna et longtemps son directeur créatif, est mort d’un cancer en octobre 2024, à 63 ans. Leur relation s’était fracturée au début des années 2000 quand elle l’avait écarté de son équipe, et il avait par la suite écrit un livre intitulé Life With My Sister Madonna.
Sur le titre Fragile, elle chante : « Nous partagions un nom, un foyer. Nous partagions un lien fragile, maintenant tu es parti. Nous avons ri, pleuré, tenu nos mains. Nous avions les yeux l’un de l’autre et ils nous appartenaient. C’est le moment que je déteste le plus, les mots dans mon cœur. Je sais que tu es fragile car tu as été blessé, déçu. »
Et à la fin du morceau, une apparition onirique : « Tard l’autre nuit, je dormais profondément, tu m’es apparu en rêve. Tu as dit : ne m’oublie pas, n’oublie pas d’être heureuse. Alors j’espère que tu as trouvé un terrain plus élevé. »
L’album en 16 titres : une nuit en club de l’entrée à l’aube
Confessions II dure près de 64 minutes et raconte une nuit complète, de l’entrée dans un club jusqu’au retour à la maison au petit matin. La production est à nouveau assurée par Stuart Price, déjà aux manettes du premier Confessions.
Parmi les temps forts : Danceteria, hommage au club new-yorkais où Madonna a rencontré ses premiers alliés dans l’industrie musicale, avec un rap dans l’esprit de Vogue et des références à Debi Mazar, Jean-Michel Basquiat et The B-52s. Et Love Sensation, apparemment dédiée à son compagnon actuel Akeem Morris, 30 ans, un ex-footballeur avec qui elle vit à Londres depuis 2024. Elle chante : « Quand je me sens seule, je veux toujours te rapprocher de moi car tu m’apportes un sourire ici. Tu chasses mes heures les plus sombres. » Et dans le refrain : « Chéri, viens me rejoindre, il y a quelque chose que je dois faire. Chéri, quand tu es avec moi, il n’y a rien que nous ne puissions faire. »
Le disque se referme sur L.E.S Girl, bilan nostalgique de ses années sur le Lower East Side de New York, avec en fond sonore des klaxons de la ville qui se réveille. Une boucle parfaite pour un album qui restera sans doute comme le plus accompli de Madonna depuis l’original Confessions, il y a vingt et un ans.
