L’attentat de Monaco réserve une révélation inattendue. La femme grièvement blessée lundi soir lors de l’explosion visant l’oligarque ukrainien Vadim Ermolaev n’est pas son épouse légitime, comme les premières informations le laissaient croire — mais sa compagne de longue date, Anna Nasobina, 46 ans. Elle a perdu ses deux jambes dans le blast et se trouve en réanimation, entre la vie et la mort.
L’identité de la deuxième victime revue et corrigée
Les premières dépêches avaient identifié la femme blessée comme Anna Ermolaev, 56 ans, épouse officielle de l’oligarque et mère de ses quatre autres enfants. La réalité est différente.
C’est le blogueur politique ukrainien Anatoly Shariy qui a été parmi les premiers à rectifier l’information : « Lors de l’explosion avec Ermolaev, ce n’était pas sa femme. C’était cette femme qui a perdu ses jambes et est entre la vie et la mort. » Il a précisé : « Ermolaev était avec sa maîtresse, Anna Nasobina. Elle est avec lui depuis longtemps. Ils ont un enfant commun de 13 ans. »
L’enfant blessé lors de l’explosion serait donc le fils d’Ermolaev et de Nasobina — non le fils de son épouse légale.
La femme officielle, Anna Ermolaev, a confirmé sa situation dans un entretien accordé au média public ukrainien Suspilne : « Nous sommes actuellement dans un état de stress intense et coopérons activement avec les enquêteurs et les forces de l’ordre. » Elle n’était pas dans l’immeuble au moment des faits.
Le média Suspilne a également précisé de son côté : « L’épouse officielle du businessman Vadim Ermolaev, à proximité de dont l’immeuble résidentiel à Monaco une explosion a eu lieu le soir du 29 juin, n’a pas été blessée et se trouvait physiquement ailleurs. D’après ses propres sources au sein des services de police, Suspilne a appris que l’autre femme est dans un état grave. »
Qui est Anna Nasobina ?
Anna Nasobina est originaire de Dnipro, en Ukraine. Fille de l’ancien premier vice-procureur général de la région de Dnipropetrovsk, elle a fait des études de droit à l’Université nationale de Dnipropetrovsk avant de rejoindre un Institut international de management. Elle réside depuis à Londres, où elle est directrice de la société Wycombe Square Investments LLP depuis 2023.
Elle est également cofondatrice du Club Éclectique, un cercle privé littéraire et artistique enregistré sur Oxford Street avec une antenne à Monaco, créé en 2016. Les événements de ce club accueillent des artistes russes aux affinités pro-Kremlin, et sa clientèle inclut des membres de la diaspora moscovite de Londres. En 2017, un événement qu’elle a organisé en hommage au danseur Rudolf Noureev avait réuni des personnalités comme Sophie Ellis-Bextor, la designer Julien Macdonald et l’actrice Camilla Rutherford.
Les pistes de l’enquête : fraude et dettes envers le crime organisé
Les enquêteurs français examinent plusieurs scénarios. Selon Ukrainska Pravda, la tentative d’assassinat trouverait son origine dans un accord avorté de partage de territoire et des dettes impayées envers des figures du crime organisé à Dnipro.
Les services de police ukrainiens avaient également évoqué un possible lien avec un vaste réseau de call centers frauduleux opérant depuis l’Ukraine, utilisés pour des escroqueries financières à grande échelle en Europe. La famille Ermolaev aurait joué un rôle significatif dans ce schéma, selon ces sources.
Vadim Ermolaev, qui vit en principauté depuis 2021, avait renoncé à sa citoyenneté ukrainienne en 2019 pour obtenir un passeport chypriote. En décembre 2023, Kyiv l’avait frappé de sanctions personnelles. Il dément toutes les accusations de blanchiment d’argent.
Son assistant juridique à Monaco, Theo Koshlyakov, a répondu aux questions sur les affaires de fraude : « À ce jour, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre M. Ermolaev dans aucune juridiction. »
La piste d’une simple mise en garde — plutôt que d’une tentative de meurtre délibérée — est également examinée par les enquêteurs. Nice-Matin a par ailleurs rapporté qu’Ermolaev aurait prévu de prendre la parole devant le Parlement européen pour dénoncer la corruption en Ukraine.
La France participe activement aux recherches. Un collaborateur du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a indiqué que la police travaillait « à trouver l’auteur, qui a pris la fuite ».
