11,9 millions de visionnages en quelques jours à peine. « Ladies First », sorti le 22 mai sur Netflix, a bondi directement en tête du Top France. Mais derrière ce score impressionnant se cache un film qui divise autant qu’il amuse.
Un remake américain d’un film français méconnu
Peu de spectateurs le savent, mais « Ladies First » n’est pas une idée originale venue des studios américains. C’est l’adaptation d’un film français signé Éléonore Pourriat : « Je ne suis pas un homme facile », sorti en 2018 et passé à l’histoire comme le premier long-métrage français commandé directement par Netflix.
Sept ans plus tard, Hollywood s’en empare. La réalisatrice britannique Thea Sharrock, à qui l’on doit notamment le très anglais « Scandaleusement Vôtre » de 2024, reprend le concept et le plante dans un univers publicitaire londonien. Sacha Baron Cohen, familier des rôles provocateurs depuis « Borat » ou « Le Dictateur », succède à Vincent Elbaz dans la peau de Damien, un publicitaire en pleine ascension au sein de l’agence Atlas.
Le pitch : un macho propulsé dans un monde qui ne l’attend pas
Le point de départ est simple, presque brutal. Damien est décrit sans ambages dans le film lui-même comme un « gros connard » par le narrateur. Imbuvable avec ses collègues femmes, sexiste au quotidien, il incarne le genre de personnage que l’on croise encore bien trop souvent dans les open spaces.
Un choc, un poteau, une perte de connaissance. Et Damien se réveille dans un monde matriarcal où ses privilèges ont tout bonnement disparu. Relégué à un poste subalterne parce qu’homme, il va tout faire pour reconquérir le poste de directeur qu’il convoitait. Tous les moyens sont bons : épilation, lingerie, teintures capillaires, et subir sans broncher moult blagues vaseuses que, jusqu’ici, c’était lui qui balançait aux autres.
C’est une mécanique d’inversion classique, certes. Mais dans les mains de Thea Sharrock, qui affectionne l’humour pince-sans-rire, ça fonctionne sur le registre du divertissement.
Un casting qui tient la route, avec quelques pépites
Sacha Baron Cohen cabotine avec une efficacité certaine dans cet univers féminisé où tous ses repères sont retournés. Pauline Smith à la place de Paul Smith, Burger Queen au lieu de Burger King, Harriet Potter en guise de Harry Potter. L’inventaire des clins d’œil est amusant, même s’il s’épuise assez vite.
Rosamund Pike, révélée au grand public par « Gone Girl », incarne Alex et compose une partenaire convaincante. Elle prend toute son ampleur dans la seconde partie du film, quand l’histoire dépasse enfin le stade de la simple farce. Mention spéciale à Fiona Shaw, tout à fait hilarante dans son rôle secondaire.
Ce qui manque pour que « Ladies First » soit vraiment mémorable
Voilà le vrai sujet. « Ladies First » est plaisant, léger, souvent amusant. Mais 1h34, c’est court pour traiter sérieusement de l’égalité femmes-hommes, et le film le sent lui-même. Certains moments sont expédiés en quelques répliques. La morale arrive de façon prévisible, presque téléphonée. Dès les premières images, on sait globalement où tout cela va finir.
Ce qui fait cruellement défaut, c’est cette irrévérence franche qui aurait pu transformer un divertissement correct en film vraiment marquant. « Je ne suis pas un homme facile » d’Éléonore Pourriat avait ce mordant, cette façon d’aller au bout du propos sans s’autocensurer. Le remake américain, lui, préfère adoucir les angles et viser le plus large public possible. Résultat : on rit, on passe un bon moment, et on oublie assez vite.
C’est peut-être là le paradoxe de ce film : son succès fulgurant sur Netflix prouve qu’il touche quelque chose de réel dans le public. Mais son manque de prise de risque l’empêche de vraiment bousculer le spectateur, là où son modèle français avait su le faire.
