Elle avait promis à un prisonnier de porter les talons et le parfum qu’il lui avait achetés depuis sa cellule. Michaela Crawford, gardienne de 34 ans, vient d’échapper à la prison après avoir entretenu une liaison clandestine avec un détenu via Snapchat.
Tout a commencé par un téléphone illicite. Crawford, alors employée à HMP Deerbolt, une prison de catégorie C située à Barnard Castle, dans le comté de Durham, a permis à Carl Catleugh de conserver un portable en toute illégalité. Les deux échangeaient des messages de flirt sur Snapchat, sous le pseudonyme « Kayla Crawfie » pour elle.
C’est lors d’une fouille de cellule en août 2024 que l’histoire a éclaté au grand jour. Le téléphone de Catleugh a été découvert. Et son contenu en a dit long.
Dans l’un des messages, le détenu lui écrivait : « Je t’ai acheté des talons et du parfum à porter pour ce rendez-vous où je t’emmènerai. Je pense qu’on pourrait y arriver. »
Il ajoutait, avec une franchise désarmante : « Je t’aime vraiment beaucoup, au cas où je n’aurais pas été assez clair là-dessus. »
Sa réponse à elle ? Aussi directe : « Je sais, je veux porter ces talons et garder ce parfum pour notre premier rendez-vous. »
Les deux s’étaient aussi échangé des photos. Catleugh posait en selfie dans sa cellule.
Ce que le procureur a révélé au tribunal de Durham
Devant la Crown Court de Durham, le procureur Mahdev Singh Sachdev a détaillé les faits. Crawford savait pertinemment ce qu’elle risquait. Dans leurs échanges, elle reconnaissait elle-même qu’elle pourrait aller en prison si la liaison venait à être découverte.
Pourtant, la relation a duré. Pas des années — mais suffisamment longtemps pour constituer une violation grave de ses obligations professionnelles.
Catleugh, lui, avait déjà été jugé l’année précédente pour sa part dans l’affaire. Il avait écopé d’une peine de huit mois avec sursis pour détention illégale d’un téléphone portable en prison.
Crawford, mère d’un garçon de 10 ans, a fondu en larmes dans le box des accusés. Elle avait plaidé coupable de faute professionnelle dans l’exercice d’une fonction publique.
Le Recorder Mark McKone, KC, a finalement prononcé une peine de douze mois de prison avec sursis pendant dix-huit mois. La présence d’un enfant à charge, Crawford est la seule à s’en occuper, a pesé dans la balance.
Mais le magistrat n’a pas mâché ses mots :
« En tant que gardienne de prison, vous bénéficiez d’une confiance immense. Vous avez pourtant autorisé un détenu à conserver et utiliser un téléphone pour vous échanger des messages, des photos et organiser un premier rendez-vous. »
Il a poursuivi : « Les détenus n’ont pas le droit d’avoir des téléphones parce que des criminels les utilisent pour organiser des crimes. Des détenus se battent pour les obtenir ou les échangent contre de la drogue. »
Puis, plus sévèrement : « Il est très triste que vous ayez placé votre intérêt romantique pour un criminel au-dessus de votre devoir professionnel. Vous avez mis votre fils en danger avec ce comportement. »
La défense avait plaidé les circonstances atténuantes. Selon son avocat Chris Baker : « Elle a quitté le service pénitentiaire et a été évaluée comme présentant un faible risque de récidive. La dépression et l’anxiété dont elle souffrait se sont en partie dissipées depuis son départ. »
Crawford a quitté la prison et gère désormais son propre salon de beauté à Bishop Auckland.
Une épidémie silencieuse dans les prisons britanniques
L’affaire Crawford n’est pas un cas isolé. Loin de là. Elle est d’ailleurs la deuxième gardienne de HMP Deerbolt à comparaître devant la Crown Court de Durham cette même année.
En février, Ellis Eyles, 24 ans, avait été condamnée à huit mois ferme après avoir entretenu une relation avec Mitchell Ingham, 25 ans, meurtrier condamné à perpétuité. Elle lui avait transmis la localisation d’un autre détenu qu’il voulait agresser. Dans ses messages, elle lui écrivait : « Tu me manques xxx. »
À l’échelle nationale, le phénomène prend des proportions préoccupantes. Depuis 2021, au moins 45 gardiennes ont été épinglées pour des relations inappropriées avec des détenus masculins — soit près de dix cas par an en moyenne.
Parmi elles : Cherrie-Ann Saddington, 30 ans, tombée enceinte d’un pédophile à HMP The Verne en 2022, condamnée avec sursis. Olivia Johnson, 28 ans, écopant de trois ans et demi de prison pour tentative d’introduction de drogue synthétique pour son amant détenu. Corinne Redhead, 32 ans, condamnée à 25 mois après une relation sexuelle avec un détenu à HMP The Mount.
L’un des cas les plus médiatisés reste celui de Linda De Sousa, 32 ans, et du coach sportif Linton Weirich, 38 ans, incarcéré à la prison de Wandsworth à Londres. Il avait payé environ 1 900 euros pour faire entrer clandestinement un téléphone. Une relation s’était nouée, des rapports sexuels avaient eu lieu à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’un autre détenu filme une scène et diffuse la vidéo. Weirich avait commenté l’affaire sans détour : « C’était évident qu’elle m’appréciait. Son humour était clairement flirteur. » De Sousa, qui avait démissionné dans l’intervalle, a finalement été condamnée à quinze mois de prison pour faute professionnelle dans l’exercice de ses fonctions publiques.
