Un homme politique proche de l’extrême droite, une cagnotte de solidarité, et une plainte pour abus de confiance. L’affaire Jean Messiha prend une tournure particulièrement sordide quand on se souvient de qui sont les victimes supposées de ce détournement.
Le 14 mai 2024, au péage d’Incarville dans l’Eure, deux surveillants pénitentiaires sont assassinés en plein exercice de leurs fonctions. Fabrice Moello, 52 ans, capitaine, et Arnaud Garcia, 34 ans, brigadier, sont abattus par un commando armé lors du transfert du détenu Mohamed Amra — surnommé « La Mouche », entre le tribunal de Rouen et la prison d’Évreux. Trois autres agents sont grièvement blessés. L’objectif du groupe : faire évader l’un des criminels les plus recherchés de France.
Les images captées par les caméras de surveillance font le tour des chaînes d’information. La froideur des assaillants. La violence des tirs. L’horreur de la scène. Difficile de rester indifférent.
Et puis il y a les histoires personnelles, celles qui transforment un fait divers en drame humain. Fabrice Moello était pacsé, père de jumeaux qui devaient fêter leurs 21 ans deux jours après sa mort. Arnaud Garcia, lui, attendait la naissance de son premier enfant. Ces détails-là, on ne les oublie pas.
L’émotion qui traverse le pays dans les heures suivant l’attaque est à la hauteur du choc. Des messages de soutien affluent de partout. Des élus prennent la parole. Et des cagnottes s’ouvrent — dont celle de Jean Messiha.
Jean Messiha et la cagnotte : 42 000 euros qui auraient disparu
C’est là que l’histoire prend une direction inattendue. Jean Messiha, figure connue des cercles proches de l’extrême droite, lance une collecte en ligne au lendemain du drame pour soutenir les familles des agents tués. La générosité du public répond massivement. La cagnotte réunit 42 000 euros.
Sauf que, selon la veuve de Fabrice Moello, cet argent n’est jamais arrivé à destination, rapporte Le Parisien.
Elle a déposé plainte pour abus de confiance contre Jean Messiha, l’accusant d’avoir détourné la totalité des fonds récoltés. L’information, révélée par Le Parisien, met en lumière une situation d’une gravité particulière : une femme qui a perdu son compagnon dans des circonstances traumatisantes se retrouve à devoir porter plainte contre l’homme qui prétendait l’aider.
À y regarder de plus près, c’est le double de la trahison. D’abord l’assassinat d’un proche. Ensuite, l’instrumentalisation du deuil par quelqu’un qui s’est positionné en défenseur des victimes.
Ce que révèle cette affaire sur les cagnottes politiques
Ce genre d’affaire n’est malheureusement pas isolé. Les grandes tragédies nationales génèrent presque systématiquement des collectes en ligne — parfois lancées par des personnalités politiques qui voient là une occasion de visibilité autant que de solidarité réelle. Le problème, c’est que le cadre légal entourant ces cagnottes reste flou, et le contrôle de l’utilisation des fonds, quasi inexistant.
Contrairement à ce qu’on entend souvent, ouvrir une cagnotte en ligne n’implique aucune obligation formelle de reddition de comptes envers les donateurs ou les bénéficiaires. Tant que la plainte pénale n’est pas déposée, le détenteur des fonds n’a, en pratique, de comptes à rendre à personne.
C’est justement là que réside le vide juridique que cette affaire expose au grand jour. La plainte pour abus de confiance déposée par la veuve de Fabrice Moello pourrait, si elle aboutit, créer un précédent. Les enquêteurs auront notamment à établir si Messiha avait bien l’intention dès l’origine de reverser les fonds, ou si la cagnotte a servi d’autre chose — vitrine médiatique, ressource personnelle, ou les deux.
L’affaire est entre les mains de la justice. Pour la veuve d’un homme tué dans l’exercice de ses fonctions, l’attente d’une réponse judiciaire s’ajoute à un deuil déjà éprouvant.
