Trois concerts prévus en décembre à Québec viennent d’être annulés. Pendant ce temps, les plaintes pour viols et agressions sexuelles visant Patrick Bruel continuent de s’accumuler, et une pétition dépasse les 20 000 signatures.
L’agence événementielle québécoise Gestev a tranché : les concerts de Patrick Bruel prévus les 3, 4 et 5 décembre au Théâtre Capitole de Québec, dans le cadre de sa tournée Alors Regarde 35, n’auront pas lieu.
La justification donnée est lapidaire : « Compte tenu du contexte actuel et de l’impossibilité d’assurer la promotion », Gestev a décidé d’annuler les spectacles. On peut lire entre les lignes sans difficulté. Quand un organisateur évoque l’impossibilité de promouvoir un événement, c’est que le nom de l’artiste est devenu un problème commercial autant qu’humain.
Trois autres concerts sont maintenus pour l’heure : les 27, 28 et 29 novembre à l’Olympia de Montréal. La décision appartient à ce stade à la salle montréalaise.
Quatre enquêtes pour viol en France, une en Belgique
Le chanteur de 67 ans fait face à une accumulation de procédures judiciaires. En France, quatre enquêtes pour viol ont été ouvertes à son encontre. En Belgique, une enquête distincte pour agression sexuelle est en cours.
Parmi les plaignantes, l’animatrice de télévision Flavie Flament. Elle accuse Patrick Bruel de l’avoir droguée et violée en 1991, alors qu’elle avait 16 ans. Dans une interview diffusée lundi sur Mediapart, elle a décrit « une absence, un black-out total » après avoir consommé du thé au domicile de l’artiste. Son avocate a annoncé mardi que de nouvelles plaintes seraient déposées dans les prochains jours.
Patrick Bruel conteste vigoureusement l’ensemble de ces accusations. Ce dimanche, il a réaffirmé sur ses réseaux sociaux qu’il n’a « jamais forcé » une femme à des relations sexuelles, et a exclu de quitter la scène.
Une pétition, 20 000 signatures, et une question qui divise
Une pétition demandant l’annulation complète de la tournée a recueilli plus de 20 000 signatures mardi matin, soutenue par plusieurs associations féministes. Le texte pose une question qui n’est pas sans logique : Patrick Bruel « est bien sûr présumé innocent, mais comment la justice pourrait-elle statuer sereinement tandis que le chanteur se produit sur toutes les scènes francophones ? »
C’est justement là que le débat se crispe. D’un côté, la présomption d’innocence, principe fondamental du droit. De l’autre, la question de savoir si un artiste visé par plusieurs enquêtes pour des faits aussi graves peut continuer à se produire normalement pendant que la justice travaille.
La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon s’est exprimée sur le sujet mardi matin. Elle a tenu à préciser que son « rôle n’est pas de dire ce qui est vrai » et que « la justice doit travailler sereinement ». Elle a rappelé que sur le plan juridique, Patrick Bruel « est tout à fait libre de se produire ». Avant d’ajouter, à titre strictement personnel : « Je ne crois pas que j’irai le voir. »
Une tournée qui doit débuter le 16 juin
Patrick Bruel joue actuellement au théâtre à Paris. Sa grande tournée est prévue à partir du 16 juin, avec de nombreuses dates en France, en Suisse, en Belgique et au Canada. Pour l’heure, seules les dates québécoises de décembre sont officiellement annulées.
La pression sur les autres organisateurs reste forte. Le cas québécois pourrait faire jurisprudence pour les prochaines semaines, au fur et à mesure que la tournée approche et que le dossier judiciaire évolue.
