Golshifteh Farahani : l’actrice iranienne au cœur du scandale Macron

Yvan Pedri
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Une gifle sur le tarmac d’un aéroport coréen. Des SMS jugés « un peu poussés ». Et une actrice iranienne exilée, connue bien avant cette affaire. L’histoire aurait pu rester confidentielle. Elle a tout envahi.

Qui est vraiment Golshifteh Farahani ?

Quarante-deux ans, née à Téhéran, bannie d’Iran depuis près de vingt ans — et pourtant, jamais aussi visible qu’aujourd’hui. Golshifteh Farahani est revenue sous les projecteurs après les révélations d’un journaliste français affirmant qu’Emmanuel Macron lui aurait envoyé des messages flatteurs, vus par une Brigitte Macron furieuse.

Mais réduire Golshifteh à ce rôle de troisième angle dans un triangle présidentiel, ce serait passer à côté de l’essentiel. Son parcours est autrement plus singulier que n’importe quel ragot d’Élysée.

Exilée d’Iran pour avoir refusé le voile à Hollywood

Tout bascule en 2008. Le Tigre et la Neige — non, pardon — c’est Body of Lies, le thriller de Ridley Scott, qui va changer sa vie à jamais. Face à Leonardo DiCaprio et Russell Crowe, elle devient la première actrice iranienne à décrocher un rôle dans un film hollywoodien depuis la révolution de 1979.

Le problème ? Elle n’a pas porté le voile. Ni dans le film, ni sur les tapis rouges, ni lors des avant-premières mondiales. Le ministère iranien de la Culture et de la Guidance islamique ne le lui pardonnera pas. Les autorités l’accusent en plus de servir la propagande américaine.

Résultat : bannie. Persona non grata dans son propre pays.

Elle s’installe à Paris. Et là, elle ne ralentit pas — elle accélère.

De Hollywood à Netflix : une carrière qui n’a jamais faibli

L’exil géographique n’a pas signé l’exil artistique. Loin de là. Golshifteh enchaîne les projets internationaux avec une aisance déconcertante. Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar en 2017, puis Extraction aux côtés de Chris Hemsworth en 2020 sur Netflix — un carton mondial.

Ce qui frappe surtout dans sa filmographie, c’est l’audace des rôles choisis. Dans La Pierre de patience, son film le plus chargé en tension érotique, elle incarne une femme qui confie ses fantasmes les plus intimes à son mari plongé dans le coma, avant d’initier à la sexualité un jeune soldat maladroit. Des scènes qui, pour une actrice iranienne, représentaient une véritable déclaration de guerre aux normes imposées par Téhéran.

Dans la comédie romantique Les Deux Amis (2015), elle joue une femme qui sort de prison et cherche un amant — nue dans plusieurs scènes, sans pudeur ni excuses.

Une militante qui n’a jamais joué la discrétion

Golshifteh Farahani n’a jamais séparé son art de son engagement. Chez elle, les deux se confondent, parfois de façon spectaculaire.

Elle pose nue dans le magazine français Égoïste, en message direct adressé au régime de Téhéran. Elle explique alors : « La France m’a libérée. C’est le seul endroit au monde où les femmes ne se sentent pas coupables. »

En 2012, elle va encore plus loin. Dans une vidéo promotionnelle pour les Césars — l’équivalent français des Oscars — plusieurs stars du cinéma se filment en retirant un vêtement. Golshifteh, elle, dénude son sein droit face caméra et lâche : « Je prêterai chair à vos rêves. »

La séquence en noir et blanc fait le tour du monde. Scandale à Téhéran, standing ovation dans les cercles féministes parisiens.

Elle confiera plus tard au Guardian : « Pour la première fois de ma vie, j’ai apprécié être une femme. Paris est une ville qui vous libère de tous vos péchés — de ceux dont vous croyiez être coupable. Elle les lave, et vous êtes libre. »

L’affaire Macron : des SMS, une gifle et un livre qui fait du bruit

C’est dans ce contexte qu’arrive la bombe médiatique. Florian Tardif, rédacteur politique du magazine Paris Match, publie un livre intitulé Un couple (presque) parfait. Il y affirme qu’Emmanuel Macron a eu « une relation amoureuse platonique de plusieurs mois » avec l’actrice franco-iranienne.

Les messages, dit-il, étaient « assez avancés, dans le style vous êtes très belle ». C’est Brigitte qui les aurait découverts, en regardant le téléphone de son mari lors du déplacement officiel en Corée du Sud — ce même voyage où la vidéo d’une Brigitte Macron poussant son époux de la mâchoire devant les caméras a fait le tour de la planète.

Tardif le formule clairement sur RTL : « Ces messages ont entraîné des tensions qui ont abouti à ce que la dispute privée devienne publique. »

L’entourage de Brigitte Macron a démenti. Ses représentants ont assuré au Parisien que la Première dame ne regarde jamais le téléphone de son mari. Macron lui-même n’a pas commenté.

En septembre 2022, le président français avait rencontré plusieurs militantes iraniennes pour évoquer le mouvement « Femme, Vie, Liberté » — Golshifteh Farahani, voix connue de la cause des femmes iraniennes, gravitait alors dans ces cercles. Les circonstances exactes d’une éventuelle rencontre entre les deux restent floues.

Ce qui est certain, c’est que Golshifteh Farahani n’a pas attendu Macron pour exister. Et que cette affaire, aussi médiatisée soit-elle, n’est qu’un épisode parmi beaucoup d’autres dans une vie qui a depuis longtemps appris à brûler les convenances.

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