Espagne : un retraité traîné sous un train à Madrid

David Marius
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Les portes se referment. La main coincée, le pied bloqué. Le train démarre. À 85 ans, Salvador n’en réchappera pas.

Les images captées par les caméras de surveillance d’une station en périphérie de Madrid en juillet 2022 sont insoutenables. On y voit Salvador, 85 ans, se retrouver piégé dans les portes d’un train de banlieue de la compagnie Renfe — une main et un pied coincés — au moment où les portes se referment brusquement.

Ce qui s’enchaîne ensuite est effroyable. Les portes ne se rouvrent pas. Le conducteur, apparemment inconscient du drame qui se joue à l’arrière du convoi, ne réagit pas. Sur le quai, deux témoins gesticulent frénétiquement dans l’espoir d’attirer l’attention. En vain. Salvador est renversé, traîné, entraîné sous le wagon au moment où le train quitte la station.

D’autres passagers, à l’intérieur du même wagon, ont appuyé sur le bouton d’urgence. Trop tard. Un des témoins présents sur le quai saute sur les voies pour tenter de lui venir en aide. Un agent de la station accourt.

Salvador a perdu quatre doigts et subi de multiples fractures aux côtes. Il a subi deux opérations. Il est décédé moins de quatre mois après l’accident, après avoir également contracté deux infections en milieu hospitalier.

Renfe refuse d’assumer sa responsabilité

L’affaire n’a émergé publiquement que récemment, la famille continuant de poursuivre Renfe en justice. Et c’est précisément la position de la compagnie ferroviaire qui révolte les proches de Salvador.

L’avocat de la famille, Ignacio Montoro, ne mâche pas ses mots : « Nous affirmons qu’il y a eu une défaillance de sécurité parce que les portes ne se sont pas rouvertes, et évidemment une défaillance humaine. Ce qui nous stupéfie, c’est que Renfe rejette la responsabilité exclusivement sur Salvador et parle même de témérité de sa part pour avoir tenté de monter dans le train alors que les portes se fermaient. »

La compagnie soutient de son côté que les blessures subies lors de l’accident ne sont pas directement responsables du décès survenu quatre mois plus tard. Une position que la famille conteste fermement.

Montoro est précis sur la dimension technique de l’affaire : « Le train est un CIVIA S465, équipé d’un dispositif appelé circuit en boucle, dont la fonction est d’empêcher la traction si une porte ou un marchepied n’est pas correctement fermé. L’étrier a coincé le pied de Salvador et malgré tout, le train a démarré. Autrement dit, le système conçu pour empêcher exactement ce qui s’est passé ce jour-là a failli. »

Il ajoute, avec une amertume visible : « Le plus choquant, c’est que même le conducteur du train ne s’en est pas rendu compte. »

Une famille qui veut une condamnation, pas de l’argent

Salvador était un homme de routine. Ce jour-là, il se rendait à son café préféré du centre-ville pour lire les journaux — comme chaque matin. Un trajet banal. Une habitude de retraité paisible. Il était père de deux enfants, marié.

Ce qui rend cette affaire particulièrement poignante, c’est la nature de la demande formulée par sa famille. Ils ne réclament pas de dédommagements financiers. « Ce qu’ils cherchent, c’est une condamnation, parce qu’il y a eu une négligence humaine dans les actions du conducteur du train, et une négligence technique parce que le système de sécurité a failli », précise Montoro.

La procédure judiciaire traîne en longueur. « Malgré le temps qui s’est écoulé depuis cet événement, l’affaire est toujours devant les tribunaux parce que Renfe ne veut pas accepter la responsabilité de sa mort », déplore l’avocat.

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