Sophia Chikirou jugée pour escroquerie : ce que cache l’affaire du Média

La Rédaction
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Sophia Chikirou, member of parliament of French leftist La France Insoumise (LFI) party and member of left-wing coalition NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale - New People's Ecologic and Social Union) arrives at the French National Assembly (Assemblee Nationale), in Paris, on June 21, 2022, two days after the parliamentary elections. France's President hosts political party chiefs on June 21, 2022 in a bid to break the impasse created by the failure of his coalition to win a majority in parliamentary elections. (Photo by JULIEN DE ROSA / AFP)

Huit ans après les faits, la députée LFI de Paris comparaît ce mardi devant le tribunal correctionnel. Elle nie tout. Mais le parquet, lui, a estimé qu’il y avait matière à juger.

Tout commence dans les coulisses tumultueuses du Média, cette webtélé lancée dans le sillage de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon en 2017. Sophia Chikirou en est l’une des fondatrices. Elle y exerce rapidement une autorité sans partage — éditoriale, managériale — ce qui lui vaut autant d’inimitiés que de respect. L’atmosphère devient vite électrique.

En juillet 2018, elle démissionne de l’entreprise de presse Le Média, puis perd ses fonctions à la tête de la Société de production du même nom. La rupture, comme souvent dans ces situations, s’accompagne d’un contentieux financier. Sa société de communication, Mediascop, réclame 67 146 euros au titre de prestations fournies pour le compte de la webtélé. La nouvelle direction refuse de payer.

C’est à partir de là que les choses se compliquent. Selon les investigations menées par la brigade financière de la police judiciaire de Paris, Sophia Chikirou aurait tenté de contourner ce refus en demandant directement à la banque du Média de procéder au virement. D’abord par mail, puis en se présentant en personne au guichet — alors qu’elle n’avait plus aucune habilitation pour exiger un tel transfert. Sans succès. Elle aurait alors prélevé deux chèques au siège du Média. Ces chèques ne seront jamais encaissés, mais leur disparition déclenchera des plaintes et la révélation de l’affaire par Mediapart.

La brigade financière a tiré ses propres conclusions dans son rapport de 2023 : « Le refus de paiement de cette facture (…) conduisait manifestement à la commission des faits mis en évidence par les investigations en ce qui concerne la tentative d’escroquerie et le vol sans effraction. »

«Ni victime, ni préjudice» : la ligne de défense de la députée

Sophia Chikirou ne mâche pas ses mots. Dans une déclaration à l’AFP, elle a affirmé : « Ce procès est à la fois incompréhensible, puisqu’il intervient dans une affaire où il n’y a ni victime, ni préjudice, ni même de réalité frauduleuse établie, et est l’occasion, je l’espère, de mettre un terme à huit années de harcèlement judiciaire et médiatique. » Elle ajoute avec conviction que « l’audience permettra de démontrer sereinement qu’il n’y a eu ni vol de chèque, ni tentative d’escroquerie à la banque ».

Son argument principal : le litige a été réglé. En juin 2021, un accord est trouvé entre les deux parties. Chikirou renonce à sa facture de 67 146 euros ; en échange, la direction du Média lui concède une autre créance d’un montant comparable. La plainte sur les chèques disparus est retirée. Affaire classée, selon elle.

Sauf que le droit français ne fonctionne pas tout à fait comme ça.

Ce que dit le droit et ce que la défense oublie de mentionner

L’action publique appartient au parquet, pas aux parties. Que la victime retire sa plainte ou qu’un accord amiable soit trouvé ne suffit pas à éteindre des poursuites pénales. Le ministère public agit au nom de l’intérêt général, indépendamment de la volonté des protagonistes. C’est un principe fondamental du droit pénal français, souvent mal compris — ou commodément ignoré dans les prises de parole publiques.

L’autre argument de la défense — l’argent n’a jamais été viré, les chèques n’ont jamais été encaissés — ne tient pas davantage face au code pénal. L’article 121-5 est explicite : « la tentative est constituée dès lors que, manifestée par un commencement d’exécution, elle n’a été suspendue ou n’a manqué son effet qu’en raison de circonstances indépendantes de la volonté de son auteur. » En clair : l’échec ne gomme pas la tentative.

Le parquet a estimé que l’enquête avait mis en évidence un « commencement d’exécution » suffisant. C’est sur cette base que Sophia Chikirou comparaît ce mardi devant la 13e chambre correctionnelle de Paris pour « escroquerie » — délit passible de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende.

La parlementaire sera défendue par Maître Dominique Tricaud, pénaliste chevronné, dont la réputation dans les affaires complexes n’est plus à faire. L’audience s’ouvre à 13h30, et les débats s’annoncent serrés — la prévenue ayant clairement choisi la ligne de la contestation frontale plutôt que celle de l’apaisement.

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