« Comment peut-on mieux faire pour répondre à un contentieux qui ne faiblit pas ? » La question, posée par le commandant de la compagnie de gendarmerie de Châteaulin, Yann Favennec, lors du bilan annuel, le vendredi 20 mars 2026, résume l’enjeu. En 2025, dans le pays de Châteaulin, 346 procédures judiciaires pour violences intrafamiliales ont été enregistrées, soit une hausse de 17 % par rapport à 2024. Au total, 465 victimes ont été recensées.
Un chiffre en apparence alarmant, mais que le commandant nuance : « Cette hausse se traduit aussi par une meilleure “porte ouverte” de la gendarmerie. Les victimes peuvent davantage aller en confiance vers la justice ».
Un binôme clé entre le pénal et le social
Au cœur de cette évolution, le travail conjoint entre la Cellule de protection des familles (CPF) et l’intervenante sociale en gendarmerie (ISG). Dans le pays de Châteaulin, six militaires sont désormais spécialisés au sein de la cellule. À leurs côtés, Émilie Le Gall intervient sur le volet social : relogement, accompagnement, accès aux droits.
« Auparavant, on judiciarisait et on tentait tant bien que mal d’orienter vers les associations. Aujourd’hui, nous disposons d’une “courroie” essentielle », souligne le commandant.
En 2025, 92 signalements ont été effectués par les gendarmes vers l’ISG. Un chiffre qui ne reflète qu’une partie de son activité, puisqu’elle traite également des situations via ses partenaires (services sociaux, communes, associations…).
Une expertise renforcée, notamment pour les mineurs
La spécialisation des enquêteurs permet une prise en charge complète des dossiers, dans un cadre adapté à des situations souvent sensibles. Les mineurs font l’objet d’une attention particulière.
Quand un enfant ressort en ayant été écouté et cru, on se dit que notre travail fait sens.
En 2025, 155 auditions filmées, dites « auditions Mélanie », ont été réalisées, dont 115 au sein de l’Unité d’accueil pédiatrique enfance en danger (UAPED) de Quimper. Objectif : recueillir la parole de l’enfant dans un environnement sécurisé, en limitant le traumatisme. « C’est très difficile d’entendre certaines choses », confie l’adjudante Sandrine (*), de la brigade de Pleyben. « Mais quand un enfant ressort en ayant été écouté et cru, on se dit que notre travail fait sens. »
Consolider le dispositif en 2026
Créée en 2023 à Châteaulin, la cellule s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des moyens. Le nombre d’intervenantes sociales a ainsi été porté de deux à six dans le Finistère depuis 2021. En 2026, l’objectif est clair : poursuivre le développement du dispositif et renforcer la prévention.
« L’enjeu est d’encourager celles et ceux qui hésitent encore à franchir le seuil de la gendarmerie », insiste le commandant. Car au-delà des chiffres, c’est bien la capacité à détecter et accompagner des situations souvent invisibles qui reste au cœur du dispositif.
*Les noms de famille ne sont pas communiqués en raison de la protection de l’identité des militaires.