Le Télégramme est posé sur la table. Comme si rien n’avait bougé. « Jacques aimait son journal », confie, sobrement, Danielle. Sa femme a conservé des vêtements et aussi « ses biscuits préférés ». Pour ne pas oublier. Et, si Jacques revenait ? L’homme n’a plus donné signe de vie depuis le 21 juin 2025. Que s’est-il passé ce jour-là, à Guidel, dans le quartier de Kerdeuzet-le-Bas ? Danielle se souvient avec précision du déroulé de la journée. « Il faisait très chaud. J’avais demandé à Jacques de s’hydrater. Il avait fait sa sieste. Vers 16 h 20, je suis allée dans le bureau consulter internet. Vingt minutes plus tard, quand je suis revenue, il n’était plus là. » Comme évaporé.
L’appel à témoins a été lancé, dimanche 22 juin 2025, par la gendarmerie du Morbihan. Six mois plus tard, l’enquête est toujours ouverte. (Document Gendarmerie)
Une grande mobilisation citoyenne
L’appel à témoins a été lancé le lendemain par la gendarmerie du Morbihan, pour disparition inquiétante de ce Morbihannais âgé 80 ans. « Jacques est atteint de la maladie d’Alzheimer depuis cinq ans », confie Danielle, mariée depuis 1972. Première certitude : il a quitté à pied son domicile. L’octogénaire a été aperçu, non loin de son domicile, par deux témoins près d’une chapelle et le long de la voie ferrée. De précieux indices. D’importants moyens sont rapidement engagés : drone, hélicoptère, chien pisteur, plongeurs… En vain. Sa fille Élise, lance alors un appel sur les réseaux sociaux. L’idée d’une battue citoyenne fait son chemin. Le vendredi 27 juin, c’est la grande mobilisation. Plus de 130 personnes, épaulées par la gendarmerie, ratissent la campagne guidéloise au peigne fin. Toujours rien. Les semaines passent, puis les mois. Les recherches ? « Elles n’ont jamais vraiment cessé. Nous étudions toutes les pistes. Récemment, j’ai encore fouillé un bois mais il reste toujours tant d’endroits à explorer », se désole Élise, qui vit en Belgique. Les hypothèses ? « Soit il a chuté dans une zone inaccessible, soit il est parti très loin car c’est un très bon marcheur », soulève Danielle.
La photo de mariage de Danielle et Jacques Boennec, en 1972. Le couple vit à Guidel depuis 40 ans. (Archives familiales)
« Il a pu faire du stop et être pris par un automobiliste »
A-t-il voulu rejoindre son village d’enfance à Saint-Guénolé-Penmarc’h ? « Il m’en parlait souvent », raconte sa femme. Environ 80 km séparent Guidel de ce port bigouden. « Il a pu faire du stop et être pris par un automobiliste. Il n’avait plus de notion des distances », ajoute-t-elle. L’enquête est toujours ouverte (*). Jacques Boennec vit, administrativement, tout du moins. Car, l’espoir de le retrouver est mince. La douleur, elle, est immense. « J’ai parfois l’impression de perdre la tête. Est-ce que je suis veuve ? Est-ce que je suis une femme quittée par son mari ? », lâche Danielle, suivie par deux psychologues. « C‘est un jeu de piste qui n’a pas de fin », ajoute sa fille. La famille vit un impossible deuil. À chaque découverte de corps dans la région, la tension monte. « J’ai même appelé la prison de Ploemeur (56). On ne sait jamais, sur un malentendu… », confie Danielle. Un acte malveillant ? « Pourquoi pas. Un fêtard au volant qui le percute. En panique, il se débarrasse du corps. » La famille a tout imaginé. Jacques Boennec n’avait pas d’ennemi, n’était pas connu des forces de l’ordre. L’homme au caractère bien trempé était « connu et apprécié », d’après sa fille. L’ancien marin a quitté la terre, comme un disparu en mer.