« J’essaie de décompresser. Je n’ai pas dormi depuis deux jours, tout cela est catastrophique, presque irréel. Heureusement, il y a beaucoup de solidarité ». Paul Pasco vient de passer 24 heures non-stop au téléphone et raconte encore une fois, à 20 h ce vendredi 2 janvier, cette nuit d’horreur qu’il a vécue en soutien des premières victimes du bar Le Constellation, à Crans-Montana, en Suisse.
Originaire d’Auray (56), le Breton de 25 ans a un temps travaillé comme serveur au café du Port, à Lorient. Il effectue sa deuxième saison comme serveur dans la station helvétique, où il s’y est désormais installé à l’année. Il ne travaillait pas cette nuit de la Saint-Sylvestre, mais était attablé dans un restaurant du centre-ville, proche du Constellation.
« On était aux premières loges pour voir les flammes et les gens sortir en panique. J’étais avec un autre ami breton qui gère la crêperie voisine, où j’ai travaillé l’an dernier. On s’est mis à courir pour aider les gens. Notre réflexe a été de les amener au chaud, dans les locaux du 1900 (bar-crêperie situé à proximité, NDLR). Il n’y avait encore aucun secours. C’était désordonné, on a fait ce que l’on a pu en les allongeant, en les recouvrant de nappes et en essayant de les garder éveillés. Il faisait très froid et ils grelottaient. J’ai fonctionné à l’instinct, mais je me sentais impuissant. C’est impossible de savoir quoi faire devant de telles brûlures ».
On a porté des personnes sans savoir si elles étaient encore en vie. J’ai vu des regards que je n’oublierai jamais. Certains n’étaient encore que des enfants. C’est catastrophique, inimaginable
« J’ai l’impression d’y être depuis deux semaines »
Jusqu’au milieu de la nuit, Paul a fait partie de ces nombreux anonymes qui ont aidé, comme ils ont pu. « J’ai entendu tellement de cris. Il y avait des gens défigurés, des femmes sans cheveux, aux collants brûlés, certaines complètement nues. On a porté des personnes sans savoir si elles étaient encore en vie. J’ai vu des regards que je n’oublierai jamais. Certains n’étaient encore que des enfants. C’est catastrophique, inimaginable ».
Pour le jeune homme, le temps s’est comme « distordu » : « C’était hier, mais j’ai l’impression d’y être depuis deux semaines ». Ce vendredi matin, à 7 h, il a rassuré son grand-père breton, venu aux nouvelles après avoir vu les premières infos, dans la nuit. Il a ensuite passé la journée à essayer d’aider les nombreuses familles éplorées, désormais à la recherche d’un fils ou d’une fille.
Ici, c’est un petit village, on se connaît tous. La station s’apprête à pleurer beaucoup d’enfants du pays.
« Il y a beaucoup de solidarité, le bouche-à-oreille va très vite. J’ai renseigné une maman qui est partie vers un hôpital de Berne, une autre vers Zurich. Les parents font le tour des hôpitaux, j’ai reçu une centaine d’appels ». Dans l’après-midi, le jeune homme a passé une heure avec le soutien psychologique, avant d’aller brûler un cierge et de déposer des fleurs devant les lieux du drame. « Ça m’a fait du bien. Pour la première fois, je me suis autorisé à pleurer », termine-t-il. Paul n’a pas perdu d’amis proches dans l’incendie. Mais il connaissait bien une serveuse de 30 ans, qui fait partie des victimes. « Ici, c’est un petit village, on se connaît tous. La station s’apprête à pleurer beaucoup d’enfants du pays ».

