L’enquête interne est à présent achevée. Lancée à la suite de plusieurs signalements effectués en juin 2025 et faisant état de dysfonctionnements au sein de la communauté Emmaüs des Côtes-d’Armor, elle avait été confiée par Emmaüs France au cabinet parisien AD Conseil. Durant plusieurs semaines, près de 80 personnes – mis en cause, bénévoles, salariés, administrateurs – ont été interrogées et 300 documents ont été passés au crible. L’enquêteur a ainsi rendu un premier rapport aux représentants nationaux de la structure, à la fin du mois d’octobre, et les premiers à localement en avoir appris la teneur sont les personnes mises en cause par ces accusations qui ont également donné lieu à l’ouverture d’une enquête pénale.
Les autres membres du conseil d’administration n’en ont pas encore eu connaissance et Emmaüs France n’a pas non plus répondu à nos sollicitations sur le sujet. Toujours est-il que l’un des encadrants, secrétaire de l’association et directement incriminé, a démissionné, le mardi 2 décembre, indiquant ne pas « comprendre » les « accusations portées suite à l’enquête AD Conseil, dont Emmaüs France se dit solidaire ». Selon plusieurs sources, les éléments de défense qu’il a apportés n’ont eu que très peu d’influence sur les conclusions de ce rapport. Sa femme, bénévole à Saint-Brieuc et mise en cause par de nombreux compagnons, notamment pour des soupçons de racisme, a également quitté Emmaüs.
Une intervenante sociale salariée et le trésorier de l’association costarmoricaine ont également démissionné. Les choses avancent aussi du côté de l’enquête confiée au commissariat briochin. Matthieu Nicol, secrétaire général de la CGT des Côtes-d’Armor, engagé dans le combat des compagnons pour la reconnaissance de leurs droits, a été le premier à être entendu par un enquêteur. « Mon audition a duré 2 heures 30 et j’ai apporté tous les éléments en ma possession, les mêmes que ceux donnés au cabinet AD Conseil et qui viennent étayer les différentes accusations, rapporte-t-il. L’idée est ensuite que les compagnes et compagnons qui l’acceptent puissent également être entendus et apporter leur témoignage. »
Matthieu Nicol, secrétaire général de la CGT des Côtes-d’Armor, accompagne de nombreux compagnons de la communauté costarmoricaine d’Emmaüs depuis plus d’un an. (Photo Vincent Le Guern)
De leur côté, ils sont nombreux à avoir assuré au Télégramme être prêts à témoigner auprès des enquêteurs, malgré la peur induite par leur situation irrégulière sur le territoire. « Ce n’est que la vérité, nous n’avons pas de problème à la raconter », indique, aujourd’hui encore, l’un d’entre eux. Du reste, compagnes et compagnons attendent, tout comme les bénévoles, de connaître les conclusions de l’enquête administrative diligentée par Emmaüs France, ainsi que les préconisations du cabinet AD Conseil. En attendant, tous poursuivent leur travail au sein de la communauté briochine. « Les choses se passent plutôt bien en ce moment, témoigne un compagnon. On sent que la direction* veut maintenant éviter les problèmes et nous traite bien. »