Il n’y a qu’un seul homme dans le box des accusés. Il n’était pas encore majeur quand les faits qu’on lui reproche se sont déroulés. Cela s’est joué à 14 jours près, ce qui lui vaut d’être jugé par la cour d’assises des mineurs du Morbihan.
Le jeudi 3 octobre 2019, il est un peu plus de 23 h quand une riveraine de la rue Paul-Vatine, à Saint-Avé, entend des appels au secours. Depuis sa fenêtre, cette femme voit un homme allongé au sol criant qu’il a reçu des coups de couteau. 63 coups en tout. La plupart sont tranchants, deux perforants.
Des indices, mais pas de preuve
Un faisceau d’indices désigne l’accusé, mais il n’y a pas de preuve, pas de trace ADN, pas de témoin. Il y a cependant ces messages échangés entre la victime et l’accusé, en vue de se donner rendez-vous à Saint-Avé, ce jour-là. Le lien entre les deux ? La première fournit le second en produits stupéfiants, qui lui doit une modique dette de 1 600 €. L’accusé est connu sous le nom de Kruegger dans le petit milieu du stup à Saint-Avé. Kruegger ou KS3, tel qu’il figure sur la liste des contacts de la victime, dont l’alias est Barbarossa.
Et puis il y a ce témoin qui, lors de l’enquête, a expliqué cette tentative de meurtre par la tension qui régnait au sein du trafic de stups entre « les grands », dont faisait partie la victime, et « les petits », le groupe de l’agresseur supposé. Deux jours après la tentative de meurtre, ce jeune homme lui avait envoyé ce message : « C’est bon, vous lui avez réglé son compte. Il vous fera plus iech ». Un témoin qui, ce jeudi, n’est pas venu pour éclairer la justice : « C’était peut-être une conversation par rapport à nos jeux sur Playstation. Je n’ai rien à dire là-dessus. Je ne me sens pas concerné ». Pour l’accusé, cette phrase, « c’est un malentendu ».
Lacunes de l’enquête
Ce qui n’aide pas non plus à la compréhension du dossier, ce sont les lacunes de l’enquête relevées par la présidente, et l’absence d’exploration concernant les divers noms qui ont émergé au début de l’enquête. L’accusé, lui, continue de nier ce qu’on lui reproche, au grand dam de l’avocat général qui lui lance : « Tout ramène à vous ! ». Ses déclarations ont été à géométrie variable, c’est le moins qu’on puisse dire. Les messages adressés à la victime depuis son portable ? Il n’en est pas l’auteur. Il aurait été pris à partie quelques jours plus tôt par des trafiquants de Ménimur qui lui ont volé son téléphone et qui l’ont blessé à la main gauche. Kruegger a d’abord dit que la blessure était due à une chute de vélo, avant de passer à la version de l’agression. « Qui vous en voudrait au point d’usurper votre pseudo pour faire une agression ? », l’interroge la présidente, Aude Burési, sans vraiment obtenir de réponse. Ce qui le dessert un peu plus, c’est qu’il avait lui-même été impliqué dans une agression violente liée au trafic de stupéfiants, en avril 2019.
« C’était une tentative d’assassinat »
Selon Barbarossa, la victime, ils ont été deux à le larder de coups de couteau. Mais on ne sait pas qui est ce deuxième individu. À l’audience, il répète qu’il est sûr : l’accusé est un de ses agresseurs, malgré le masque et la capuche qui dissimulaient son visage. « Je n’ai aucun doute. J’ai vu son regard, il était presque désolé. » Une victime qui est persuadée que « c’était une tentative d’assassinat. Ils n’ont pas échangé un mot. Cela avait été préparé en amont ». L’accusé, qui a fait un an de détention provisoire, comparaît libre à son procès. Il encourt 15 ans de prison si l’excuse de minorité est retenue par la cour.
