
Septembre 2024. Une enseignante prend ses fonctions dans une école d’une commune de l’est des Côtes-d’Armor. Elle est âgée d’une cinquantaine d’années et affiche de l’expérience. Les semaines passent. Et les parents d’une quinzaine d’élèves constatent que le comportement de leurs enfants a changé. Ces derniers restent mutiques quand le sujet de l’école est abordé à la maison. Certains se réveillent en pleine nuit, en proie à des cauchemars. D’autres disent avoir peur d’être maltraités physiquement et moralement en classe. Ils angoissent à l’idée d’aller en cours.
Coups et brimades dénoncés
Petit à petit, la parole se libère. Les enfants racontent que leur maîtresse n’hésite pas à leur donner des coups de bambou sur la tête ou dans le dos, qu’elle peut leur tourner la tête violemment si elle estime que leur comportement est inadapté. Un autre raconte qu’il a été soulevé par ses vêtements au niveau des épaules pour le rasseoir brutalement sur la chaise, et qu’il a eu très peur. Un autre, encore, narre la scène suivante : la maîtresse a poussé un de ses camarades puis « attrapé fort par le bras. Il a pleuré, ça lui faisait mal ». Les enfants parlent aussi de coups de porte-vues.
Lorsqu’il faisait ses devoirs, notre enfant ne supportait pas la moindre imperfection, de crainte de se faire gronder
À la maison aussi, l’angoisse est présente. « Lorsqu’il faisait ses devoirs, notre enfant ne supportait pas la moindre imperfection, de crainte de se faire gronder, témoigne un couple. Un jour, il est entré dans un état second, pétrifié par l’angoisse. Il a fallu des heures pour le consoler. »
Ils évoquent aussi le cas d’enfants qui, n’ayant pas fini leurs exercices dans les temps, étaient privés de récréation. Selon eux, la maîtresse n’autorisait pas les enfants à aller aux toilettes pendant les heures de cours. L’un des élèves, d’ailleurs, n’a pas eu d’autre solution que d’uriner dans son pantalon. Un autre constat saute aux yeux des parents : les journées se passent bien quand un intervenant extérieur est présent dans la classe. Une dizaine de familles décident alors de faire un signalement au rectorat de Rennes et au procureur de la République.
Mutée dans une autre école
À la rentrée de janvier 2025, l’institutrice n’est plus à l’école. « Aucune communication n’a été faite sur cette affaire. Un autre instituteur est arrivé. Depuis, tout se passe bien », souligne un parent d’élève. Les mois ont passé et l’enquête de gendarmerie a avancé. L’enseignante devra se présenter à la barre du tribunal correctionnel de proximité de Dinan (22), le 28 avril, pour « violence sans incapacité sur mineur par un ascendant ou personne ayant autorité sur la victime, en présence d’un autre mineur ».
Cette personne aurait dû être suspendue de ses fonctions, le temps du volet judiciaire
Récemment, un des plaignants a appris, par hasard, en consultant la presse, que l’intéressée avait été mutée dans une autre école, en classe de maternelle, toujours dans l’est des Côtes-d’Armor. « Nous ne comprenons pas cette décision du rectorat qui ne nous a jamais répondu. C’est aberrant. Cette personne aurait dû être suspendue de ses fonctions, le temps du volet judiciaire ». « Effectivement, commente un syndicaliste, elle aurait pu être affectée à des tâches administratives, loin des enfants. »
Le rectorat suit le dossier « avec attention »
Contacté, le directeur de la nouvelle école, où travaille désormais l’enseignante, n’a pas souhaité commenter l’affaire. Il renvoie vers le rectorat qui nous a répondu : « Cette situation est connue de nos services et fait actuellement l’objet d’une instruction judiciaire. Dans ce contexte, nous ne sommes pas en mesure de commenter davantage ce dossier. Nous vous confirmons que l’administration suit la situation avec attention et dans le respect des procédures en vigueur ».
Jusqu’à son jugement, la présomption d’innocence profite à la personne mise en cause dans cette affaire. Nous avons tenté de la joindre. Aucune suite n’a été donnée à notre demande.