C’est fini. Au centre commercial des Almadies, le bar restaurant « La Bonne Adresse », qui fait office de cantine pour de nombreux travailleurs du quartier, a définitivement fermé ses portes.
Mercredi 12 novembre, le tribunal de commerce de Rennes prononcera la liquidation de ce restaurant qui tournait énormément il y a encore quelques années. « On stoppe l’activité avant d’avoir des dettes, souffle amer Philippe Barbier, le patron. Nous avons de moins en moins de clients. On a licencié du personnel, nous n’avons plus que deux employés. Moi, cela fait 1,5 an que je ne me verse plus de salaire. On a bossé pendant 30 ans comme des fous pour partir sans un sou. Le fonds de commerce est invendable… »
Groupements de dealers
La raison de cette « descente aux enfers » ? Les époux Barbier la désigne sans férir : le trafic de stupéfiants qui va crescendo dans le quartier. « On a eu deux acheteurs intéressés pour reprendre le restaurant. Le premier a fait le tour de la galerie commerçante et a ensuite envoyé un mail à l’agence immobilière où il expliquait qu’en raison de ‘l’environnement’ il ne ferait pas de proposition d’achat. Quant à l’autre, quand il était avec nous dans le restaurant, il a assisté à un regroupement d’une bonne quinzaine de trafiquants devant les vitres… Il a abandonné. »
Et Philippe Barbier de montrer les photos de ce regroupement. « Maintenant, tous les après-midis c’est ainsi. Les trafiquants sont 10 – 15 – 20… Ils peuvent s’installer sur des chaises sans consommer ou avec un café vendu par la boulangerie…. Il n’est pas rare d’assister à de grosses transactions : cocaïne, cannabis… On voit passer d’énormes liasses de billets. Alors que nous, nous payons tout… Pendant ce temps, nous, on étouffe sous les charges et les impôts. Les dealers comptent leurs billets sans même se cacher. »
Pour expliquer à leur client les raisons de cette fermeture soudaine, les époux Barbier ont accroché sur la devanture un long texte. « Il vaut mieux que nous partions maintenant avant que les choses ne dégénèrent, ajoute Philippe Barbier. Il y a de plus en plus de zombies dans le quartier. Ils viennent acheter leur dose de drogue sur les points de deal voisins et peuvent consommer sur place. Ils peuvent être agressifs. Depuis deux ans, on a alerté tout le monde. Notamment les élus qui nous ont rendu visite et n’ont absolument rien fait. C’est de pire en pire. »
En avril 2024, le patron de La Bonne Adresse s’était fait agresser par un homme qui faisait la manche sur sa terrasse. En mai 2025, un violent règlement de comptes entre dealers s’était terminé dans la boulangerie du centre commercial. Traumatisée l’employée avait un temps été autorisée à fermer le commerce le samedi et tous les jours à 16 h 30. Elle a fini par démissionner. Quant à l’agence bancaire du CIC, après avoir employé des vigiles pour assurer la sécurité des clients et du personnel, elle a aussi été fermée avant l’été.
