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«Il faut faire très attention »… La greffe de barbe, un business qui pousse (et les dérives qui vont avec)

«Il faut faire très attention »… La greffe de barbe, un business qui pousse (et les dérives qui vont avec)

Alors que la chirurgie esthétique pour les hommes s’est démocratisée et que la quête de virilité se porte bien, un marché de niche est en plein essor. Il s’agit de la greffe de barbe. Une procédure médicale et esthétique moins connue que la greffe de cheveux, mais dont le procédé se rapproche.

L’intervention vise à redistribuer des follicules pileux d’une zone donneuse, souvent à l’arrière de la tête ou dans le cou, vers les joues, le menton et sur le dessus des lèvres. Elle est populaire chez les hommes et les hommes trans qui souhaitent combler des zones imberbes, incomplètes ou clairsemées de leur barbe. Mais aussi des personnes ayant des cicatrices d’acné, de chirurgie ou de brûlure qu’elles souhaitent dissimuler.

« J’ai cherché longtemps sur Internet, les réseaux… »

Un désir partagé par Jérémy, qui souffrait de « trous » imberbes sur les joues et de « pas beaucoup de poils d’un côté du menton ». Une source de complexe « face aux barbes des hipsters ». Après un traitement et des compléments alimentaires inefficaces, il se décide pour une opération à Istanbul, en Turquie, en avril 2024. « J’ai cherché longtemps sur Internet, les réseaux. J’ai trouvé une clinique qui avait des avis positifs, avec beaucoup de photos avant/après », confie le jeune homme.

Les réseaux sociaux, avec les mots dièses #beardtransplantation ou #beardtransplant, représentent un terrain de promotion des cliniques et praticiens spécialistes de la pilosité faciale du monde entier, qui promettent le graal avec des photos saisissantes. Et rencontrent un succès.

Un marché jusqu’à 800 millions de dollars en 2033

Selon des cabinets d’études anglo-saxons, le marché de la greffe de barbe pèserait actuellement entre 170 et 250 millions de dollars, et pourrait atteindre 530 à 800 millions de dollars en 2033, avec un taux de rendement évalué entre 15 % à 18 %. Pour les patients, les prix pratiqués dans des cliniques privées de chirurgie esthétique peuvent varier entre 1.500 euros et 10.000 euros, selon les pays.

En France, si les tarifs démarrent à 1.500 euros, il faut compter « à partir de 4.600 euros » pour une greffe de barbe dans une clinique située dans les quartiers chics parisiens. L’opération peut être réalisée par « des professionnels de santé type dermatologues, chirurgiens plasticiens ou même généralistes », selon la dermatologue Isabelle Gallay, vice-présidente de la société française d’esthétique en dermatologie (SFED). Et cette intervention n’est pas remboursée par la Sécurité sociale.

« Ce n’est pas après avoir regardé une vidéo YouTube qu’on peut pratiquer »

Ce sont ces coûts de plusieurs milliers d’euros qui ont décidé Jérémy à aller à Istanbul. Car « en France, dit-il, c’est trop cher pour le même résultat dans 90 % des cas ». La Turquie fait en effet figure de destination phare pour les opérations de greffes capillaires et de barbe, avec des « packages » compris entre 1.500 et 4.000 euros, incluant le transport de l’aéroport à la clinique, une à deux nuits en hôtel, les services d’un interprète et la procédure médicale.

Ces coûts plus faibles à l’étranger s’expliquent par plusieurs facteurs, notamment les techniques utilisées et le nombre de greffons transplantés, selon la dermatologue Isabelle Gallay.

Mais les prix s’expliquent « aussi et surtout par le niveau de vie et les salaires très bas en Turquie », note le docteur Pascal Boudjema, qui réalise des greffes capillaires à Paris. « Dans 90 % des cas, les patients sont examinés par des personnes qui ne sont pas médecins, déplore-t-il. Les petites mains peuvent aussi réaliser des interventions. La greffe n’est pas un geste anodin, et ce n’est pas après avoir regardé une vidéo YouTube qu’on peut pratiquer ! », ajoute le professionnel, qui souligne les « effets potentiellement désastreux » d’une opération ratée.

« Globalement » satisfait du résultat

Un cas dramatique est survenu en 2024. Mathieu, 24 ans, s’est suicidé trois mois après avoir subi une intervention en Turquie pour étoffer sa barbe. Le jeune homme souffrait de douleurs consécutives à l’opération réalisée par un charlatan. Il endurait aussi un trouble dysmorphique, « un état de santé mentale dans lequel une personne passe beaucoup de temps à s’inquiéter des défauts de son apparence », selon le département de santé britannique NHS.

Et Jérémy ? Dix-neuf mois après sa greffe de barbe, le jeune Parisien se dit « globalement » satisfait du résultat, malgré une tache sur le bas de la joue. « Les autres ne la voient pas, mais moi si », confie-t-il.

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« Payer le plus cher n’est pas gage de qualité. Mais faites très attention pour une greffe, conseille le docteur Pascal Boudjema. Faites confiance à un professionnel, regardez son expérience, les techniques utilisées, s’il fait partie ou non de sociétés savantes internationales », conseille le praticien.

Il recommande par ailleurs de rencontrer le médecin qui établira un diagnostic et expliquera la procédure ainsi que les éventuels effets secondaires. « Et assurez-vous que ce soit bien lui qui pratique », insiste le médecin « On parle de chirurgie esthétique. Mais au vu des souffrances psychologiques des patients, c’est de la médecine, point ».

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