
Le 24 janvier 2022, une adolescente se rend à la gendarmerie de Port-Louis pour déposer plainte contre son oncle pour viol. L’homme est arrivé la veille chez son frère, à Merlevenez, qui vit avec sa compagne et sa belle-fille. Sa fille et son beau-fils sont présents ce jour-là. L’après-midi est marqué par une consommation d’alcool partagée entre les hommes : bière, whisky et apéritifs s’enchaînent. En fin de soirée, une dispute éclate entre la mère et son compagnon. Des objets volent, une bagarre éclate entre les deux frères. Ils sont séparés par la nièce du mis en cause.
La famille accepte que ce dernier dorme chez eux, dans un clic-clac. Avec sa nièce, ils refont la soirée et comme il n’a pas de couette, il lui demande s’il peut dormir dans son lit. Elle accepte, ne pensant pas qu’il pourrait lui faire quelque chose. Dans la nuit, la jeune fille de 17 ans se réveille en ressentant une pénétration digitale. Elle quitte immédiatement le lit et rejoint sa mère au rez-de-chaussée. Celle-ci remarque son état de choc, mais la jeune femme ne révèle les attouchements que le lendemain, en fin de journée.
Je n’ai jamais été attiré par les mineures, encore moins par un membre de la famille
Interrogé, l’homme reconnaît avoir discuté longuement avec sa nièce, avoir peut-être posé la main sur son épaule en dormant, mais nie toute intention ou geste sexuel. « Je n’ai jamais été attiré par les mineures, encore moins par un membre de la famille », insiste-t-il. Le président lui rappelle que durant sa garde à vue, il a donné des détails sur la soirée, mais ne se souvient de rien concernant les faits. La victime, quant à elle, décrit une sensation « très nette au niveau vaginal », excluant un geste accidentel. Elle évoque aussi une phrase troublante : « Ça sent bon », prononcée par son oncle, après le geste en question.
Le lendemain, ils s’envoient des messages. L’oncle écrit : « Tu me manques déjà, bisous ». Il y est aussi question de l’écart d’âge entre eux. Mais il affirme que ces messages étaient adressés à son amie avec laquelle il a seize ans d’écart. « Le lendemain des faits, vous vous interrogez sur la différence d’âge avec votre amie ? », s’étonne le président. Plus tard, l’homme appelle sa nièce pour parler. Elle finit par se confier à sa mère. Elle se douche plusieurs fois, demande qu’on lave sa couette. La maman envoie des SMS à l’oncle : « Tu as abusé de ma fille pendant son sommeil, tu n’aurais jamais dû faire ça ». Il répond : « OK, tu ne connais pas le contexte, on a dormi ensemble, voilà. Je comprends que tu défendes ta fille. Je n’étais pas censé dormir avec elle. J’ai plus que fauté. Je pensais qu’elle était de la partie, mon âge fait que je suis inexcusable ».
La mère très émue
Mais devant le tribunal de Lorient, le prévenu, âgé de 48 ans, nie les faits, se cache sans cesse derrière l’alcool, les médicaments, sa dépression et menace de se suicider. La mère, très émue, déclare : « Ce jour-là, en lui offrant l’hospitalité, en le protégeant pour lui éviter un accident, je n’ai pas pu protéger ma fille. Pourquoi ma fille ? Pourquoi dans ma maison ? » « Je n’ai rien fait », répond-il.
Le tribunal le condamne à trois ans de prison (*) dont 18 mois assortis d’un sursis avec notamment une obligation de soins et de travailler. Il a interdiction d’entrer en contact avec la victime et sa mère, et devra les indemniser (8 200 € pour chacune d’elles). Le tribunal a décerné un mandat de dépôt à délais différé. Ce qui veut dire qu’il sera incarcéré quoi qu’il arrive. Il a en outre interdiction d’exercer une activité en contact avec les mineurs. Il est inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.
* Son identité n’est pas précisée afin de préserver l’anonymat de la victime.