Des faits commis du 1er juin au 30 août 2018 ont retenu le représentant de l’Hostellerie de la pointe Saint-Mathieu à Plougonvelin (une étoile au guide Michelin et hôtel quatre étoiles) à la barre de la chambre correctionnelle du tribunal de Brest, ce jeudi 16 octobre 2025. Un travail dissimulé à l’égard de plusieurs personnes et l’hébergement de travailleurs dans un local non conforme étaient les infractions imputées à son établissement.
Un hébergement « indécent voire indigne »
Le 17 août 2018, deux inspectrices du travail contrôlent l’hôtel-restaurant. De leurs investigations, il ressort que les conditions de travail de six stagiaires, tous étrangers, ne respectent pas la législation en vigueur. Les deux professionnelles ciblent d’abord leur logement, une maison située à 5 km du lieu de travail. Selon les enquêtrices, « ce logement est indécent voire indigne ». Il n’y a qu’une seule douche (pour treize couchages), un seul lavabo, et il manque du mobilier. Outre ces conditions d’hygiène, le système électrique est sujet à caution puisque des fils sont tenus par des sparadraps. Par ailleurs, la situation de ce dortoir oblige les stagiaires « sans moyen de transport à marcher jour et nuit vu leurs horaires de travail » selon le rapport de l’inspection du travail.
Rémunérations en liquide
Le président, Christophe Subts, expose ensuite les conditions de travail de ces stagiaires. Alors qu’ils se destinent tous à l’art de la cuisine, de la pâtisserie ou de la boulangerie, ces derniers consacrent une bonne partie de leur temps à faire du ménage en travaillant « entre 50 et 60 heures par semaine ». L’un d’entre eux témoigne via un interprète : « un jour, j’étais malade et je n’ai pas pu aller voir le médecin. J’ai dû attendre mon jour de congé ». Autre constat : « il n’y a pas de convention de stage, pas d’entretien avec le tuteur ni rapport de stage ». Pour quelle rémunération ? Toujours selon les inspectrices, ils reçoivent une somme mensuelle brute de 577 €, payée en liquide et sans cotisations sociales.
« On n’a jamais eu la volonté d’exploiter le personnel »
Interrogé à la barre du tribunal, le représentant de la personne morale estime que le « tableau est assombri ». Pour les logements, il soutient qu’« ils avaient une voiture » et que les conditions d’hébergement « étaient plus décentes » qu’énoncées par les enquêtrices. Sur l’aspect emploi, il assure qu’« ils ne travaillaient pas 50 heures par semaine », même s’il admet : « je n’avais pas le contrôle des horaires ». « On n’a jamais eu la volonté d’exploiter le personnel », ajoute celui qui emploie 60 personnes et qui travaille désormais avec des écoles de restauration françaises. Et de déclarer que : « tous ces stagiaires qui ont bénéficié du savoir faire français, travaillent tous aujourd’hui dans des restaurants à l’étranger ». Pour sa part, la procureure Véronique Wester Ouisse requiert une dispense de peine, « au regard de l’ancienneté des faits ».
L’avocat de la Défense, Me Benjamin Le Saos, va au-delà, commençant sa plaidoirie par la lecture de trois attestations de stagiaires faites sept ans après les faits, évoquant « une expérience exceptionnelle » au sein de cet établissement de prestige. Restaurant ainsi la réputation de son client, il obtient la relaxe pour l’hébergement et la dispense de peines pour les conditions d’hébergement.