Tout commence le 2 mai sur YouTube, lorsque la chaîne « Ibrahim Traore Stories » publie une vidéo audio de 16 minutes. Elle raconte l’histoire rocambolesque de Claire Dubois, une prétendue humanitaire française venue au Burkina Faso… pour mieux l’espionner. Acclamant les actions du capitaine Ibrahim Traoré, visitant des écoles et soutenant les femmes africaines, elle se révèle en réalité être une espionne au service de puissances étrangères. Démasquée, elle avoue tout, en larmes, devant les caméras. Le récit conclut : « L’Afrique ne se laissera plus duper ».
Le scénario est digne d’un film d’espionnage. Et pourtant, il a été pris pour argent comptant par des centaines de milliers d’internautes. Après plus de 375 000 vues sur YouTube, l’histoire est massivement relayée sur X (ex-Twitter), TikTok et Facebook, avec des montages vidéos et images IA censées prouver l’arrestation de Claire Dubois.
Les réactions sont virulentes : appels à la prison à vie, dénonciation des ONG occidentales, louanges à Ibrahim Traoré. Mais un simple coup d’œil à la description de la vidéo aurait suffi à démonter l’affaire : « Cette vidéo est une fiction, destinée uniquement à des fins de divertissement ». Le compte le précise noir sur blanc : tout est inventé.
Cela n’a pas empêché plusieurs influenceurs pro-Kremlin et même le média russe Pravda de relayer cette fiction comme un fait avéré. Une stratégie classique de désinformation, instrumentalisant les tensions en Afrique pour nourrir la méfiance envers l’Occident et amplifier l’influence russe.
Une fiction devenue virus… au service de la propagande.